Les dégâts des bulletins de notes sur l’estime et l’affirmation de soi

Ah l’école… Qui ne garde pas un petit traumatisme de cette période en dehors de toutes les belles choses apprises ? Eh bien aujourd’hui j’aimerais aborder la question des bulletins de notes. En effet, je me demande si ces papiers que l’on redoutait tant que les parents découvrent, n’ont pas (comme ils le font toujours aujourd’hui d’ailleurs pour ceux qui sont encore dans le magnifique parcours scolaire de l’Education Nationale) favorisé une culture de la comparaison, du perfectionnisme et de la standardisation qui tue complétement l’estime de soi nécessaire à l’affirmation de soi.

Comparaison

Commençons par regarder l’effet de comparaison. A la fin de la vidéo « Les Complexes » de la série « Entre Mecs » de Ben Névert, le tatoueur Toto parle du poids de l’école dans les réflexes que nous avons de nous comparer, car tout le système de notes se base sur l’évaluation de notre travail en comparaison aux personnes de notre classe. (D’ailleurs, qui n’a jamais essayé de justifier une mauvaise note à l’école par un « mais toute la classe a eu pareil ! »)

Ce qui est dommage c’est que, comme l’explique le deuxième volet de la vidéo « Mon Emploi Mon Futur » (disponible en anglais et en espagnol) de la fondation COTEC, le système éducatif prône la compétition quand nous sommes faits pour la complémentarité.

Perfectionnisme

Quand on parle de comparaison, le perfectionnisme n’est jamais loin, parce que l’on tombe dans le ce dernier quand on a les yeux rivés sur le fossé que l’on croit exister entre notre performance et ce qu’on considère comme l’idéal (souvent défini par ce à quoi arrivent les autres). Nous nous concentrons sur ce qui fait qu’on n’est pas parfait plutôt que sur ce qui nous rend fort et talentueux. Les commentaires des profs n’aidaient pas non plus car généralement les plus développés étaient pour étaler le négatif alors que les profs contents se contentaient de « Bon trimestre ».

Si tu fais partie des gens qui ne se contentent pas de viser la moyenne et veulent vraiment faire de leur mieux, tu te mets à ne plus savoir te réjouir et être fier/fière de toi d’un 14 ou d’un 16 mais de voir uniquement le fossé qu’il y a avec ce que tu considères comme la perfection.

Je me rappelle qu’une des plus grosses déceptions de ma vie a été le jour où j’ai eu mon bac avec mention Assez Bien. Je n’avais pas fait aussi bien que ma sœur ainée, je n’avais pas atteint l’excellence que je croyais qu’on attendait de moi. J’étais tellement bouffée par la comparaison et le perfectionnisme que ma capacité de satisfaction était totalement anesthésiée. Cela parait gros comme exemple et heureusement, on ne passe pas le bac tous les jours. Mais combien de petites actions quotidiennes sont des exploits pour nous et on passe dessus comme si de rien n’était, incapable de s’en réjouir ou d’être fier/fière de soi car on considère juste ça comme « normal », voire on est frustré car on ne trouve pas ça aussi bien que le voisin ?

Standardisation

Ah la standardisation… Bien sûr qu’on ne peut pas faire une école par enfant, mais si y a bien quelque chose où celle-ci excelle, c’est bien dans la standardisation. J’avais énormément aimé les deux vidéos de la Fondation COTEC que j’évoquais plus haut sur les emplois du futur et comment l’école devrait nous y préparer. Elle explique par exemple que l’école nous forme pour apprendre des métiers très spécialisés, grâce à des exercices répétitifs jusqu’à ce que ça devienne une habitude, apprendre (et recracher) des informations par cœur et à exécuter des ordres. Si ça n’est pas une définition des « contrôles », « interrogations » ou encore « examens » auxquels sont soumis les élèves… Alors que ce sont exactement les caractéristiques et la force des machines… quand la force des humains se situe ailleurs : faire des liens entre des disciplines différentes, gérer l’imprévisible, garder en mémoire les événements importants grâce aux émotions, l’esprit critique… D’où le danger pour les emplois de demain.  Je parlais d’ailleurs dans cet article des différents types d’intelligence qui existent selon Howard Garner alors pourtant que le système éducatif ne valorise quasiment que la logico-mathématique.

C’est sûr qu’en terme de promotion de la créativité (avant le lycée où apparaissent des options théâtre, cinéma… et encore, pas dans tous les établissements), celle-ci se réduit aux matières de musique et « Arts plastiques ». Et puis, quid de la créativité en terme de capacité d’apporter des solutions nouvelles à un problèmes, compétence absolument fondamentale et transversale ? Mais je digresse.

En fait, j’ai réalisé récemment que j’avais l’impression constante de devoir rendre des comptes aux autres sur mon attitude, comme si à la fin de l’année j’allais avoir une note de « Développement Personnel ». Et ça m’a rappellé les bulletins scolaires. Ça n’était pas juste notre niveau de connaissance dans la matière qui était évalué sinon tout notre comportement. On avait même une note rien que pour ça ! « Vie scolaire » ça s’appelait. Est-ce que je parle trop ou trop peu ? Est-ce que je suis bien discipliné.e ou sort trop du rang ? Ça pousse à devenir le parfait petit robot bien rangé, bien obéissant, sans relief, sans créativité, qui ne prend pas trop de place et donc incapable de développer son plein potentiel.

On s’est habitué à être noté sur tout. Alors on se met à noter et juger les autres. L’humoriste Paul Taylor expliquait par exemple que si les français étaient si mauvais en langue, c’est parce que dans d’autres pays si quelqu’un se lance et essaye de parler une langue étrangère les autres vont l’encourager et l’admirer alors qu’en France on va repérer la faute, on va critiquer l’accent de la personne « qui se la pète » parce qu’elle fait un effort pour prendre l’accent britannique ou américain. Car oui, au-delà du système éducatif en tant que tel, nos chers petits camarades de classe s’assurent également que nous rentrons bien dans le moule en partageant à haute voix leurs jugements (comme ils l’ont certainement bien appris de leurs parents).

Et dans la vie adulte, après avoir été nous-mêmes formatés, il suffit qu’on soit inscrit sur quelques plateformes et on profite de notre pouvoir de notation pour aller mettre des étoiles ou une note sur les profils des autres. Oui c’est vecteur de confiance pour les autres, mais ça n’empêche pas que ça alimente la culture de notation et par extension de jugements de tous nos faits et gestes.

Bref, on nous a appris à rentrer dans un moule et à devenir des parfaits gardiens de l’uniformité de la société. Par extension, il devient alors un travail de titan de s’autoriser à choisir son chemin s’il n’est pas standard (il n’y a qu’à voir le bashing dont font les frais les youtubeurs par leur métier peu conformiste !). C’est violent autant que c’est triste. On refuse à l’autre l’expression libre de ce qu’il est ou a envie d’être.

Conclusion

J’ai eu la grâce d’être épargnée des notes pendant toute ma Primaire grâce à l’école Montessori (ah, la bonne époque ! #Rennes) mais le choc a été d’autant plus rude en sixième.

Il y a tellement de choses que j’aimerais qu’on enseigne à l’école ou que j’aimerais changer dans ce système, et sans vouloir toutes les détailler (j’en abordais déjà quelques-unes dans cet article…). Mais si je ne devais en retenir qu’une, très directement liée aux bulletins de notes, c’est le fait d’apprendre à perdre. Oui, j’aurais aimé qu’on m’apprenne à perdre. Qu’on me dise que l’échec n’était pas grave, que parfois on peut travailler dur, oser avec audace, risquer, et pour autant ne pas atteindre le résultat escompté, et que ça n’est pas grave. Parce qu’à stigmatiser l’échec, on crée des enfants qui n’osent rien risquer. C’est un choix la stratégie des petits pas, des petits pas assurés, sécurisés. Mais l’innovation, la créativité, le changement, s’obtient par des risques, par des personnes qui osent avec audace ! Et c’est ça dont a besoin la société via les entreprises et les indépendants par exemple.

Musique d'illustration : Sur un coup de tête - Maëlle

Crédit photo : 1/ Ben White. Edited. 2/ Glenn Carstens Peters. Edited.

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