Rompre avec la honte d’être soi ou comment oser déployer sa lumière intérieure

A Naï, qui, sans le savoir, a certainement planté une graine le jour de notre rencontre

Attention, message d’avertissement en guise d’introduction : cet article n’est pas comme d’habitude avec des conseils généralisés et le plus concret possible. Il est plus sous la forme d’un témoignage et donc va surtout parler aux personnes qui me ressemblent, c’est-à-dire aux femmes et/ou hypersensibles et/ou chrétien.ne. Il est bien sûr offert à tous car chacun peut peut-être y piocher une idée qui le rejoint, mais au moins, tu es prévenu.e. 🙂

Du sentiment de prendre de la place à la honte de soi

Cette question de « prendre de la place » a toujours été douloureuse pour moi. Chez moi ça a toujours débordé de partout, de joie, d’amour, de tristesse, de peur, de tout, de vie ! Sauf que j’ai vécu 22 ans sans savoir que tout ça était un trésor, et que celui-ci avait même un nom « l’hypersensibilité ». Et peut-être que les attitudes de mon entourage proche ou non qui cherchait à asphyxier ce qui pouvait jaillir de moi n’ont pas été majoritaires, mais cette idée d’étouffement a eu beaucoup d’écho en moi. Comme m’a dit un ami un jour « Quand on partage une émotion et que l’autre minimise, cette émotion va alors devenir plus forte jusqu’à être entendue. Pour se sentir accueilli, rejoint dans ce que l’on vit et ne pas se sentir seul, il faut de l’amour ET de la compréhension. » Il ajoutait que quand on se moquait des émotions de quelqu’un, c’était pour cacher notre honte de ne pas être capable d’aider ou tenter de réduire notre sentiment de culpabilité.

Seul ou dans un tout petit groupe (sous réserve qu’il n’y ait pas de forte personnalité), je me sens à l’aise. Mais dès que le nombre de personnes autour de moi grossit, je me sens compressée, à l’étroit, écrasée, comme si je me contorsionnais pour tenter de rentrer dans une boite trop petite pour moi. J’ai peur de perdre le contrôle, que ça déborde. Et un jour, je comprends : j’ai honte de moi. J’ai honte de toutes mes émotions, j’ai honte de ne pas tout contrôler. J’ai l’impression de faire porter aux autres un poids, quand je n’ai rien fait de mal, juste parce que je me sens moi-même un poids pour les autres. Je culpabilise, j’ai honte d’être ce que je suis : « trop ci » ou « pas assez ça ».

Oser briller, laisser déployer la lumière qui nous habite

Et puis un jour le déclic : Même si la raison de ma présence sur terre me dépasse, même si je ne comprends pas pourquoi mon Créateur m’a créée moi et pas une autre, je ne peux pas ne pas respecter Son choix (après tout, chacun a à être responsable de soi ! Lui aussi Il a à assumer les conséquences de ses actes héhé). Accueillir cette vie, ne pas la déployer, parce que Lui a trouvé que ma vie avait de la valeur et sa raison d’être dans le monde. Il m’est alors revenu en mémoire ce verset :

CITATION « Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on ? […] Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur la montagne ne peut être cachée ; et on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais on la met sur le chandelier, et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. » (Matthieu 5, 13-15)

La légèreté qui m’habite soudain me faire comprendre entre autres : comment pourrais-je faire profiter aux autres de ma joie, tenter de les inspirer par mon authenticité à l’état brut, si je réfrène celle-ci ?

Je repense à ce Jésus qui révélait les vraies intentions des gens de par son attitude tranchée. Je repense à cette fonction de « diapason » dont parlait le livre « Je pense trop » de Christel Petitcollin dans laquelle je me reconnaissais et qui rejoignait la description que des amis font de moi avec leurs mots : cette capacité à amener les autres à se regarder dans un miroir en toute honnêteté parce que moi-même je n’ai pas peur de le faire pour moi et de le partager explicitement ou silencieusement par ma manière de vivre authentique. Oui la lumière est faite pour éclairer les ténèbres et donc mettre au jour les cœurs qui aiment. Une lumière, ça se voit, ça prend de la place. Pour autant, ce n’est pas la lumière qu’on regarde, c’est ce qu’elle éclaire. Osons briller, tout en ayant conscience de ne pas être la source de cette lumière, mais briller de mille feux : de joie, d’authenticité, d’audace d’être soi-même, de vulnérabilité, de vérité, d’amour, de profonde compassion, de courage au cœur de la difficulté…

Au fond, tout ça est une invitation à libérer sa spontanéité. Comme les enfants génèrent autant d’émerveillement que d’incompréhension auprès des autres selon la situation, il en sera pareil pour nous, avec surtout en soi l’immense joie de se sentir soi !

Et puis, si nous avons conscience du rayonnement dont est capable notre cœur, nous aurons à cœur que cette flamme ne s’éteigne pas, en prenant soin de soi.

Le paradoxe des lucioles : la lumière peut jaillir d’endroits qu’on ne soupçonne pas

Il faut aussi admettre qu’en moi s’entrechoquent deux tendances opposées : celle qui veut avoir l’attention du groupe, être remarquée pour tout ce qu’il y a de beau chez elle afin d’inspirer les autres, bref, l’extravertie qui aime amuser la galerie et donc être aimée pour une image qu’elle contrôle, et celle qui a honte, se cache, se sent comprimée, croyant qu’elle n’a pas de la place de s’exprimer, bref, celle qui sent qu’elle perd le contrôle, et qui réalise le risque que les autres voient quelque chose qu’elle n’a pas décidé. Je crois que c’est dans le cœur de la femme de chercher à attirer l’attention, d’être remarquée, de plaire… Mais un jour elle a décrété qu’elle ne pouvait être belle qu’en étant parfaite, qu’en ayant tout parfaitement sous contrôle. Pourquoi croyons-nous donc qu’il n’y a que le tout beau en nous qui peut briller ?

L’enjeu n’est peut-être pas tellement de prendre plus de place aux yeux des autres, mais laisser soi-même plus de place à une part de nous plus difficile, celle où je n’ai aucun contrôle, bref ma vulnérabilité.

Ne plus choisir en moi ce qui cherche à briller, mais laisser tout jaillir comme un bouquet de fleurs dont la diversité des couleurs se complète parfaitement. Même de la pire violence, même de l’angoisse, une lumière peut jaillir, même si elle est invisible à mes yeux : la lumière de l’authenticité. Une authenticité brute, à l’état pur, la seule qui décape, bouscule et invite l’autre à aimer ses propres zones d’ombre.

Se réconcilier avec cette part de soi que je cherche inconsciemment à cacher est nécessaire pour laisser briller même ce que j’aime chez moi, sans peur que quelque chose d’incontrôlé jaillisse en même temps. Et parce que je n’aurais plus honte de cette partie de moi, je n’aurais plus honte ou peur d’être moi-même. Pour nous aider à  comprendre cela, on peut repenser aux fois où on a un peu perdu le contrôle, voire carrément explosé et se rappeler de la réaction qu’a eu l’entourage. A part quelques maladresses je suis sûre que pour vous, comme dans mon cas, les gens ont été très bienveillants ! Donc la vraie question est : est-ce vraiment la réaction des autres que j’appréhende ou est-ce que j’ai peur de ne pas supporter l’image que j’aurais à mes propres yeux en voyant ce qui jaillit de moi si je lâche le contrôle ?

Il n’y a rien de mal à prendre de la place !

Faire sa place dans un groupe ou de manière générale dans la vie sociale implique de le vouloir, d’avoir l’audace de faire porter sa voix, sinon on se laisse écraser par les fortes personnalités. Si on attend que ça soit les autres qui nous créent un espace (parfois ça arrive, mais c’est rare !), on risque de passer toute sa vie à attendre une autorisation qu’on est les seuls à pouvoir se donner. Peut-être qu’il est donc intéressant de se demander le rapport que nous avons aux fortes personnalités et personnes qui montrent beaucoup de confiance en elles. J’ai compris un jour que je ne m’autorisais pas à prendre confiance en moi et à me déployer car je voyais les personnes qui le faisaient comme arrogantes, blindées, incompatibles avec tel ou tel trait de caractère (humilité ou douceur par exemple) que j’aime chez moi par exemple, ou auxquels je crois devoir correspondre (j’y reviendrai).

Oui je crois que parfois on se sabote nous-mêmes parce qu’on ne veut surtout pas ressembler aux personnes dont on jalouse l’apparente liberté d’action et de leur naturel à oser attirer l’attention mais dont on juge tout de même leur comportement parce qu’entre nous, avouons-le, « elle fait son intéressante ». Alors, encore une fois, est-ce des autres ou de moi, de ma propre critique, dont j’ai peur ? Parce que si on considère qu’attirer l’attention c’est mal (parce que nous-mêmes le jugeons ainsi chez les autres), on ne cherchera jamais à coller à un comportement que l’on réprouve. Et si par hasard, on y colle, que sur un élan on se laisse être soi et prendre confiance, on se sentira coupable de faire quelque chose de mal et on aura honte de soi. C’est exactement le même système de culpabilité et de honte pour tout ce qu’il y a en nous qu’on considère comme mauvais. Exemple : le fait de ressentir plein d’émotions si on considère que c’est mal, d’être introverti parce qu’aimer la solitude fait asocial,… Toute la clé est de ne pas définir quelque chose en soi comme mauvais car ce comportement nous fera culpabiliser à cause de la croyance qu’on a fait quelque chose de mal et donc nous amènera à la honte de nous-même (comme tout enfant qui sait qu’il a fait une bêtise). La boucle est bouclée.

L’autre enjeu est, comme j’en parlais dans cet article, la question des bénéfices secondaires. Persévérer dans un comportement qui nous fait du mal (ici : ne pas se laisser être soi et se maltraiter pour s’empêcher de se déployer) nous apporte toujours des bénéfices secondaires (ici : coller à l’image douce, calme, gentille,… qu’on cherche à renvoyer). Tant qu’on n’a pas résolu ça, toutes les tentatives pour être soi, oser, se déployer, briller, seront veines.

Une question peut-être plus féminine que masculine

Regardons les choses en face : nous sommes dans une société avec des valeurs masculines et dirigée par des hommes. Dans ce contexte, les femmes ont beaucoup plus tendance à rester cachées (pour ne pas dire « cachées à la maison ») quand ça ne pose aucun problème aux hommes de prendre tout l’espace dans la société (dans les entreprises, la vie politique…). Oui les mentalités évoluent mais soyons honnête : une femme qui ose porter sa voix, qui est ambitieuse, qui n’a pas peur d’oser dire qu’elle veut inspirer, être une leader, c’est 1. rare 2. dur 3. assez mal vu. Et dans ce dernier point, il faut l’avouer, les femmes sont bien plus horribles entre elles que les hommes ne le sont entre eux. L’artiste Swann Périssé parlait d’ailleurs très justement de la vision que la société a de la féminité dans la vidéo « Pourquoi je montre mes seins en vidéo » : « Est-ce que le problème n’est pas qu’une femme aime et assume d’aimer se faire remarquer ? » en expliquant que c’est d’autant plus marquant quand une femme est dans un milieu masculin à cause du contraste. « Peut-être que ce qui dérange aujourd’hui ce que les femmes féminines peuvent être multi-casquettes. Pas seulement féminine. […] On a tellement associé la féminité avec la stupidité et la soumission que je pense qu’aujourd’hui on a du mal à voir des femmes super féminines, qui des décolletés et qui ont quelque chose à dire. Mais aujourd’hui la féminité ne représente plus la soumission ou la non-intelligence. » Bref, avoir le désir de plaire à soi-même ou aux autres pour les inspirer n’est pas quelque chose de mal. Alors, homme ou femme, n’ayez pas peur de briller !

Musique d'illustration : I am not ashamed - Jérémy Camp

Crédit photo : 1/ Jackson David. Edited. 2/ Billy Huynh. Edited. 3/ Allef Vinicius. Edited.

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