Mon quotidien auprès de femmes sans domicile fixe

Cet article a été publié sur un blog (privé et n’étant plus en ligne aujourd’hui) début janvier 2016 sous le titre « Une vie préhistorique au cœur de la modernité« . Ce blog avait pour vocation de maintenir le contact avec mes proches pendant mes cinq mois à Londres lorsque je vivais dans une maison pour femmes sans domicile fixe, auprès des soeurs de Mère Teresa, appelée « Home of Peace ». Je le poste à nouveau aujourd’hui à la date anniversaire de mon arrivée dans la maison (8 décembre 2015). Alors que cet article résume bien le style de vie que j’avais pendant ce séjour, j’espère qu’il vous fera découvrir une autre manière de voir le quotidien.

« Peut-être que le mot « préhistorique » est légèrement exagéré pour qualifier notre manièrede vivre à la Home of Peace. Mais c’est clair qu’il y a un sérieux décalage entre une vie contemporaine avec tous les accessoires que la modernité a créés et ce que je vis ici. Quelques exemples de ce que j’en apprends :

Une vie sans internet et (presque) sans téléphone

Je pense que tous ceux qui lisent ce blog savent que les dates des articles sont rajoutées manuellement parce que j’écris tous les textes dans ma chambre pour ensuite les poster en masse une à deux fois par semaine quand je vais à la bibliothèque municipale. Et pour rajouter une petite galère sur ce chapitre internet, le wifi là-bas ne fonctionne plus depuis trois semaines et le temps sur les ordinateurs à disposition est limité. Côté téléphone, les communications sont chères alors si je ne veux pas me retrouver en exil toute ma vie après que mes parents aient découvert une facture de téléphone exorbitante, il vaut mieux que je ne l’utilise qu’en cas d’urgence.

Ne pas pouvoir être connectée avec l’extérieur H24 ni juste bouiner sur internet, vous avez déjà réalisé le temps que ça fait économiser ? C’est bien connu que ça laisse plein de temps pour avoir des discussions in real life, mais ça laisse aussi du temps pour plus travailler (malheureusement^^’’) et pour se concentrer sur soi. Juste avoir du temps pour soi, faire quelque chose qu’on aime bien, prendre son temps, réfléchir (ou même prier !). J’ai vraiment découvert un peu plus ici à quel point une vie non-connectée permet de se retrouver avec son vrai-soi. Non pas que ça ne me manque pas et que je n’attends pas impatiemment les jours où je pressens que je pourrai aller à la bibliothèque, mais ça fait vraiment un bien fou, de temporairement ne plus avoir cette occasion de perdre son temps.

Se rappeler la valeur de ce qui nous entoure

Ici on lave la vaisselle ET son linge à la main. Et je ne sais pas si vous avez déjà eu les mains en sang après avoir fait une heure de lessive, mais ensuite, vous appréciez vraiment ce qu’est une machine à laver après avoir découvert ce qu’est la dureté de certains travaux manuels.

Vivre de manière simple, c’est se rappeler que dans chaque détail, il y a une merveille qui se cache. Est-ce que vous aviez déjà réalisé la valeur d’une chambre seule ? Vivez dans une chambre de quatre avec des lits superposés d’une qualité atroce et vous m’en direz des nouvelles. Est-ce que vous aviez déjà réalisé la valeur d’une alimentation variée ? Mangez du riz et des pommes de terre tous les jours et vous m’endirez des nouvelles. (Ceci n’est pas du tout une exagération, j’ai des témoins si vous souhaitez). Il y a aussi la gazinière et le four qui, je suis sûre, seraient dignes d’être dans un musée. Avec la gazinière, j’ai gagné la bataille, mais allumer un four avec une allumette ne fait pas encore partie de mes compétences.

Une vie plus authentique

Ici, les gens ne sont pas sur leur téléphone quand ils vous parlent car soit ils n’en ont pas (#cassedédi sisters), soit il sn’essayent pas d’être à deux endroits à la fois. Les femmes ici ont suffisamment peu de relations pour ne pas avoir ce besoin de parler à tous les contacts de leur téléphone en même temps que la personne en face d’elles car elles savent apprécier un moment vrai. (Bien sûr je ne parle pas des femmes solitaires. Elles, elles ne restent juste pas dans les espaces communs et c’est tout).

Ici, vous voyez les fringues des autres (et sous-vêtements donc) sécher après avoir fait leur machine à la main. Et pour trouver un avantage à cette perte d’intimité, les gens n’ont rien à vous cacher. Et puis les femmes ici ne vont pas vous regarder de travers parce que vous ne connaissez pas le nom du dernier maquillage tendance, que vous ne possédez pas le must have de la dernière collection de machin ou que vous n’avez jamais entendu parler de telle célébrité. Tout simplement parce qu’elles n’ont pas les moyens financiers pour mener une vie superficielle, que leur histoire leur a appris à se recentrer sur l’essentiel et que la diversité des nationalités rassemble des cultures très différentes qui n’ont pas les mêmes réferentiels.

Faire du ménage, c’est physique. Peut-être que ça n’est pas votre sentiment mais là je vous rappelle qu’on parle d’une maison de 19 personnes à gérer, alors tout se fait toujours en grande quantité. Et parfois vous n’avez pas d’autre choix que de demander de l’aide. Accepter ses limites et les communiquer à l’autre, ça rend les relations plus vraies.

Finalement, je vous avais déjà partagé dans des articles précédents ce que j’apprenais dans d’autres domaines, mais je n’avais pas encore réalisé tout ce qu’un mode de vie simple permettait d’apprécier. Dans un sens, ça permet de comprendre que tout ne nous est pas dû et ne tombe pas du ciel (même si toutes les personnes qui vivent ici ne l’ont pas encore compris malgré leur situation, que ce soit ladies ou volontaires), et d’apprécier quand on retrouve un vrai confort. »

Musique d'illustration :Je veux - Zaz

Crédit photo : Vincent Foret. Edited.

Article originalement publié sur le blog « Faith, Hope, Love… and Travel« 

2 Comments

  1. La parenthèse psy

    9 décembre 2018 at 12:03

    Hey, ton article me parle car j’ai fait un stage dans un foyer pour familles migrantes et aussi pour personnes sans domicile fixe. Le quotidien a un drôle de rythme dans ce contexte, toutes les journées se ressemblent, cette impression d’être bloquée dans une faille spatio temporelle… Ces expériences m’ont beaucoup appris.

    1. Bienheureuse Vulnérabilité

      9 décembre 2018 at 4:19

      Merci Line pour ce partage ! J’avais d’ailleurs écrit un article spécialement sur ce rapport au temps dans ce genre de contexte. Je crois donc comprendre ce à quoi tu fais référence.

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