Le fil si mince des relations – Appel à valoriser les trésors du quotidien

Cet article est un peu la suite du billet « Le fil si mince de la vie – Appel à compter les miracles ». Comme la fois précédente, un nouvel événement a été le déclencheur d’un grand sentiment d’urgence !

Dans le top 3 des questions favorites des espagnols quand ils me rencontrent il y a « et tu penses rester combien de temps ? » et à chaque fois je réponds « Avant je faisais toujours de grands plans pour ma vie, et j’ai arrêté le jour où j’ai accepté ce CDI parce que c’est l’opposé de ce que je voulais pour ma vie mais que je suis profondément heureuse. » Et je croyais que c’était vrai. Avec certaines personnes j’ajoutais « Jusqu’à ce que mon manager et mon collègue prennent leurs retraites dans environ 10 ans, car ils ont tous les deux le désir de rester dans l’entreprise jusqu’à leur retraite, je reste. Mes deux plus grosses peurs étant que la santé de mes parents se dégradent et que je doive rentrer en Bretagne, ou d’épouser quelqu’un qui a une mutation en dehors de Valencia. » Et sans m’en rendre compte, je n’ai pas arrêté de faire des plans. J’ai juste changé celui que j’avais en fonction de nouveaux éléments : la rencontre de deux personnes incroyables dont une avait le pouvoir de m’offrir un travail pour me permettre de rester à leurs côtés au quotidien. Il n’y a pas un jour où je ne rends pas grâce pour mon équipe de travail, cette famille d’adoption, et de manière générale pour les conditions incroyables dans lesquelles je commence ma vie professionnelle. Et si un de ces piliers de ma nouvelle vie s’effondrait du jour au lendemain ? C’est ce qui a failli arriver.

Cette semaine il m’est arrivé un événement que je n’espérais pour rien au monde. Mon manager m’annonce qu’il quitte l’entreprise. On lui a offert un poste international hyper intéressant et super bien payé avec des conditions adaptées à son désir de continuer vivre à Valencia et après avoir dit non une première fois en pensant à mon collègue et moi, il a fini par accepter, 2 mois après le premier contact du chasseur de tête. Pour l’hypersensible que je suis, et d’autant plus au vu de la relation d’amitié fraternelle incroyable que j’ai avec lui, l’émotion qui m’a envahie a été d’une violence énorme. Un effondrement d’autant plus grand à cause de la soudaineté de la nouvelle, d’une part car il n’avait jamais parlé de ce processus de sélection et d’autre part parce que ça arrivait beaucoup trop tôt, comme le lendemain de mon arrivée, en plus du fait qu’il avait toujours émis le désir de rester dans l’entreprise jusqu’à sa retraite et que cette éventualité ne faisait pas partie des hypothèses pour que ma situation actuelle s’arrête. Je ne vous listerai pas toute la série de peurs qui a surgit et toute la liste de choses que je perdais avec son départ, mais autant dire que la tristesse et l’angoisse qui m’ont habitée étaient à la hauteur de l’affection que je lui porte. On est comme ça, nous les hypersensibles, on ne sait pas faire autrement qu’aimer très très fort. Et souffrir très très fort, avant de rebondir grâce à nos supers ressources bien sûr !

La surprise, pas moins attendue que cette nouvelle a été que le lendemain, j’avais un message de sa part pour me dire que finalement il renonçait à ce poste et restait. (Ah l’impulsivité de mon chef… ). Et bien moi qui croyait valoriser à sa juste valeur beaucoup de choses dans ma vie et être reconnaissante pour elles, j’ai réalisé combien nous ne sommes jamais assez reconnaissants des trésors qui parsèment notre quotidien. Alors oui il y a plein de choses pour lesquelles nous pouvons être reconnaissants, une maison, un travail… Mais il n’y a pas de plus grands trésors que les personnes qui sont dans notre vie, au quotidien ou par petites touches. Ce sont les seuls trésors qui vaillent, et notre vie en est remplie : cette secrétaire qui a toujours le sourire, cette voisine toujours prête à rendre service, ces collègues qui font des blagues (et rien que dans cette phrase sont regroupés de nombreux trésors !), ces personnes avec qui il est bon de travailler car elles sont de confiance, cette commerçante qui crée du lien, chacune des personnes des différentes activités que nous avons et qui permettent d’avoir une vie sociale épanouie, sans même parler de nos amis proches ou de nos familles.

D’ailleurs, mon manager a appris la même leçon que moi. Pour expliquer ce revirement de situation, il m’a partagé (entre autres) n’avoir pas valorisé à quel point il était aimé là où il était aujourd’hui, avant de m’annoncer la nouvelle et de voir ma réaction. Il a fini par croire qu’il avait plus à perdre qu’à gagner. On croit si souvent que l’herbe est toujours plus verte ailleurs, sans réaliser ce que nous avons juste devant nous, qui est parfois là depuis des années.

Ce qu’on prend pour acquis ou de normal peut s’arrêter à n’importe quel moment. Je n’ai pas envie de rentrer dans une mentalité fataliste de « Rien n’est éternel. Soyons sur le qui-vive du moment où l’on va perdre ce à quoi l’on tient. » car l’amour offert à un moment donné n’est jamais perdu, même quand la personne s’éloigne ou que l’amitié doit se réinventer à cause de la distance.

Vous n’en savez rien si cet ami sera encore là demain, même si toutes les raisons rationnelles disent que si. Vous n’en savez rien si votre famille sera encore là demain, même si toutes les raisons rationnelles disent que si.

N’attendons pas les anniversaires ou Noël pour chérir des moments de qualité. Sourions à chaque personne dès que nous la voyons pour lui faire réaliser que sa présence nous rend heureux ou simplement que nous sommes reconnaissants pour la merveille qu’elle est dans la vie de tant de personnes. (Si si, même la concierge du 4ème qu’on ne peut pas encadrer fait certainement du bien à des personnes qui n’ont juste pas le même caractère ou les mêmes centres d’intérêt que vous).

J’avais lu une fois que le plus dur dans une séparation de couple était de faire le deuil du futur que nous avions imaginé avec l’autre et nous parait impossible sans lui/elle. (Entendons-nous bien, là j’élargis ma pensée plus loin que mon anecdote, je ne suis pas en couple avec mon manager qui est marié et a 4 magnifiques filles !). Il est vrai qu’au fond de nous on sait que la vie est remplie de changements, qu’un jour nos parents vont mourir ou que telle personne ne fera plus partie de notre quotidien. C’est inconsciemment dans un coin de notre tête. Mais on a l’impression que ce moment va arriver dans si longtemps que nous ne saisissons pas l’urgence d’aimer du plus fort que nous pouvons, maintenant. Ne pas laisser passer une minute où nous ne mettrions pas de l’amour.

Oui, ne prenons rien pour normal ou pour acquis. Chaque personne, chaque sourire ou aide reçue, est un cadeau à valoriser. Combien de gens n’ont pas cette grâce d’être entourés de personnes positives dans leur vie. Si, comme le disait Mère Teresa, « Le manque d’amour est la plus grande des pauvretés », nous ne devons jamais cesser de remercier les personnes qui nous aiment ou simplement rendent notre vie agréable à vivre par leur caractère positif. Il n’y aura jamais trop d’amour dans ce monde. Mais au contraire, à chaque sourire, pardon, preuve d’amour donné, le monde est changé et ne sera jamais pareil.

Aimons maintenant, car c’est dans le droit de l’autre que de prendre un autre chemin dès demain, sans que nous nous y attendions. Et même si je crois en l’indissolubilité du mariage, les temps d’aujourd’hui montrent que même ce cas où il y a une promesse, le lien est rompu parfois. Alors que dire des relations où il n’y a jamais eu de promesse… Parce que nous oublions que qu’importe la solidité du lien qui nous unit à une personne, nous n’aurons jamais aucun droit sur elle et elle restera toujours une personne totalement libre. La tentation est grande de voir l’autre que par le lien qui m’unit à lui, et de finir par confondre l’identité de l’autre avec ce lien. L’autre ne me devra jamais rien, qu’importe la proximité que nous avons. Au fond, c’est un appel à la chasteté, à ne pas chercher à posséder l’autre. Et la ligne entre amour gratuit (donner sans rien attendre) et désir de possession (que l’autre agisse comme nous le souhaitions) est très fine !

Musique d'illustration : Les gens qu'on aime - Patrick Fiori

Crédit photo : 1. Ty Williams 2. Pro Church Media

Traduction image de couverture : Vis pleinement. Crée du bonheur. Parle gentiment. Cáline quotidiennement. Souris souvent. Espère plus. Ris librement. Cherche la verité. Inspire le changement. Aime profondément.

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8 Comments

  1. Cécile

    7 juin 2019 at 7:38

    J’ai l’impression que tu résume ce qui m’est arrivée en ce début d’année avec mes collègues quand j’ai appris que je changeais d’équipe! C’est exactement ce que j’ai ressenti c’est fou. Toujours un plaisir de lire tes articles!

    1. Bienheureuse Vulnérabilité

      7 juin 2019 at 9:16

      Merci beaucoup pour ton commentaire ! Je suis heureuse de voir que ce ressenti est partagé. Quand on voit que certains vivent les changements de manière si fluide, les personnes sensibles qui s’attachent beaucoup à leur entourage quotidien peuvent paraitre bizarre quand on voit leur réaction à une annonce de changement qui peut paraitre anodin, voire excitant pour d’autres.
      Belle journée 🙂

  2. Ch'tite Breizh

    4 juin 2019 at 10:09

    Merci pour cet article! Très juste!

    1. Bienheureuse Vulnérabilité

      5 juin 2019 at 7:37

      Avec plaisir 🙂

  3. Ribambelle

    24 mai 2019 at 10:16

    Je sais pas comment tu fais pour trouver des chansons aussi sympas !
    Alors : Oui ! On t’aime Yanaëlle !!!

    1. Bienheureuse Vulnérabilité

      25 mai 2019 at 10:37

      Hahaha merciiii <3

  4. A-lo

    20 mai 2019 at 5:01

    Dimanche dernier justement, j’ai entendu qqn dire qu’il faut apprendre à recevoir et non à prendre 😉

    1. Bienheureuse Vulnérabilité

      20 mai 2019 at 5:41

      Je valide !! (bis… 😉 )

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