Comment pratiquer les premiers secours émotionnels ? – Guy Winch

Titre original de la conférence : « How to practice emotional first-aid » de Guy Winch

A mon père qui m’a appris, avec ma mère, à soigner mes bobos physiques, puisse cet article te permettre de créer ta mallette de premiers secours pour tes bobos de coeur… <3

Je suis heureuse de vous partager ce TED aujourd’hui car l’idée que partage le psychologue Guy Winch a pour moi été révolutionnaire, et est pourtant d’une grande simplicité : nous allons chez le médecin quand nous avons mal quelque part ou que nous nous sentons patraque. Alors pourquoi ne voyons-nous pas un professionnel quand nous ressentons des peines émotionnelles comme le sentiment d’être seul, d’échouer, d’être rejeté… ? Cet article est un appel à prendre soin de sa santé mentale, autant que nous prenons soin de notre corps.

Le dénigrement de la santé psychologique

Il commence sa conférence en parlant de la préférence que nous portons vis-à-vis de notre corps par rapport à notre esprit, en partageant par exemple cette anecdote quand des personnes découvrent qu’il est psychologue et conclue donc qu’il n’est « pas un vrai docteur », malgré ses neuf ans d’études. Ensuite il partage quelques exemples comme l’enfant qui sait s’appliquer un pansement ou se brosser les dents, en continuant par les questions suivantes et leurs dramatiques réponses : « Nous savons comment rester en bonne santé physique et comment prendre soin de nos dents […] mais que savons-nous faire pour notre santé mentale ? En fait : rien. Que savent nos enfants de l’hygiène émotionnelle ? Rien. Pourquoi nous soucions-nous plus de nos dents que de notre esprit ? Pourquoi notre santé physique nous est-elle plus importante que notre santé psychologique ? ». Il n’y a qu’à regarder les publicités par exemple. On en voit plein qui veulent nous vendre des trucs pour prendre soin de notre image ou des médicaments contre la toux, alors que nous n’avons jamais vu à la télé des pubs d’un psychologue !

Or, « Nous souffrons de blessures psychologique bien plus souvent que physiques. Des blessures comme l’échec, le rejet ou la solitude, et elles peuvent empirer si on les ignore», jusqu’à avoir un effet dramatique sur nos vies. Guy Winch rappelle pourtant qu’il y a des techniques scientifiquement prouvées que nous pourrions utiliser pour traiter ces blessures, mais nous ne les soignons pas. Avec humour il fait remarquer que lorsqu’une personne déprime, on a tendance à lui dire « Oh, tu déprimes ? Allez, tout ça c’est dans ta tête. » et continue en disant « Vous imaginez dire ça à quelqu’un qui s’est cassé la jambe : ‘Oh allez, marche un peu, tout ça c’est dans ta jambe.’ »

Il est donc urgent d’avoir une hygiène émotionnelle, et de prendre en conscience de nos blessures psychologiques. Parce qu’on ne peut pas les soigner si on ne sait même pas qu’on est blessé.

*Tu es digne d’être aimé(e)

Les conséquences mortelles des blessures psychiques

Il est fondamental pour un équilibre intérieur de remettre sur un pied d’égalité la santé physique et psychologique. Les voir « comme des sœurs jumelles ».

Guy Winch part alors d’une expérience personnelle de sentiment de solitude pour venir démontrer les conséquences aussi mortelles des blessures psychiques que peuvent avoir des blessures physiques. « La solitude crée une profonde blessure psychologique, qui déforme nos perceptions, et brouille nos pensées. Elle nous fait croire à tort qu’on ne se soucie pas de nous. Elle nous empêche de joindre les autres, elle nous fait nous demander : ‘pourquoi s’exposer au rejet et à la souffrance alors que notre cœur nous fait déjà bien trop souffrir ?’ » Et cette solitude-là peut être ressentie même en étant entourée physiquement de gens. (J’aime d’ailleurs beaucoup le fait que la langue anglaise fasse la différence entre « alone », le fait d’être physiquement seul et « lonely », le fait de se sentir seul.) La solitude est ressentie lorsque l’on se sent « émotionnellement ou socialement déconnecté de notre entourage. » Et les résultats des études sur la souffrance qu’il partage sont effroyables : « La solitude ne se contente pas de rendre malheureux, elle est mortelle. […] La solitude chronique augmente les risques de décès prématuré de 14%. La solitude augmente la pression sanguine et le cholestérol. Elle arrête même le système immunitaire, nous rendant vulnérable à toutes sortes de maladies et infections. En fait, les scientifiques ont prouvé qu’en tout, la solitude chronique est aussi nocive pour votre santé à long terme et notre longévité que la cigarette. » Sauf que contrairement aux paquets de cigarettes qui ont un message de prévention « Fumer tue », la solitude n’en a pas.

Mais « la solitude n’est pas la seule blessure psychologique qui déforme nos perceptions et qui nous trompe. L’échec le fait aussi. » Nous avons tous un ensemble de sentiments et de croyances qui agit presque automatiquement dès que nous nous heurtons à la frustration et aux incidents. « Si votre cerveau veut vous convaincre que vous êtes incapable de faire quelque chose et si vous le croyez, alors vous allez vous sentir sans défense, […] et vous arrêterez trop vite d’essayer ou vous n’essayerez même pas. Et alors, vous serez encore plus convaincus de ne pas pouvoir réussir. Et c’est pour ça que tant de gens sont en dessous de leur vrai potentiel. Parce-que sur leur chemin, quelque-part, parfois un seul échec, les a convaincus qu’ils ne pouvaient pas réussir, et ils y ont cru. » Et qu’il est difficile de changer d’avis quand nous sommes convaincus de quelque chose !

Il est totalement naturel d’être démoralisé et de se sentir vaincu après un échec. « Mais on ne peut pas se permettre de se convaincre qu’on ne peut pas réussir. Il faut se battre contre les sentiments d’impuissance. Il faut reprendre le contrôle de la situation. Et il faut briser ce genre de cycles négatifs avant qu’ils ne commencent. » Car au fond, c’est une forme de mort de ne pas se permettre de développer ses talents, de laisser jaillir la vie en nous…

Et il y a bien d’autres blessures ! L’abandon, l’injustice, l’humiliation, la trahison, le rejet… Elles aussi tuent la vie en nous, au sens figuré, voire au sens propre, quand la personne est tellement blessée qu’elle en vient à s’enlever elle-même la vie.

Suis-je un(e) allié(e) pour moi-même ?

Il partage ensuite une anecdote qui a certainement été celle qui m’a le plus impactée pendant des années. Face à un rendez-vous galant désastreux, une dame décide d’appeler un ami qui ne trouve qu’à lui dire « Bah, tu t’attends à quoi ? T’as de grosses fesses, t’as rien d’intéressant à dire, pourquoi est-ce qu’un bel homme, un homme qui réussit comme lui, aurait envie de sortir avec une perdante comme toi ? » A la lecture de ces lignes, nous avons de profondes raisons d’être choqué, face à la cruauté de cet « ami ». Et pourtant… Guy Winch continue « Mais ça serait beaucoup moins choquant si je vous disais que ce n’est pas l’ami qui lui a dit ça. C’est ce que la dame s’est dit à elle-même. Et c’est quelque-chose que nous faisons tous, surtout après avoir été rejeté. On commence tous à penser à tous nos défauts, à toutes nos lacunes, à ce qu’on veut être, à ce qu’on ne veut plus être, on s’insulte. Peut-être pas aussi méchamment, mais c’est ce qu’on fait tous. »

Mais pourquoi avons-nous ce réflexe de faire mal à notre amour-propre quand celui-ci est déjà en train de souffrir de l’événement qui vient d’arriver ?

A aucun moment cela nous viendrait à l’idée d’aggraver une blessure physique. « On ne dirait pas, après s’être coupé le bras : ‘Ah, je sais ! Je vais prendre un couteau, voir jusqu’où je peux aller avec cette coupure.’ Mais c’est ce qu’on fait toujours avec les blessures psychologiques. Pourquoi ? A cause d’une mauvaise hygiène émotionnelle. Parce qu’on ne fait pas passer notre santé psychologique avant tout. On sait grâce à des dizaines d’études que quand notre amour-propre est au plus bas, on est plus vulnérable au stress et à l’anxiété, les échecs et les rejets font plus de mal, et il faut plus longtemps pour en guérir. »

La mise en place d’une bonne hygiène émotionnelle

Alors comment faire pour mettre en place une bonne hygiène émotionnelle ? La réponse parait si simple : « Quand vous êtes rejetés, la première chose à faire, c’est de ranimer votre amour-propre, pas de le réduire en purée. Quand vous souffrez émotionnellement, traitez-vous avec la même compassion que vous attendriez d’un vrai, bon ami. » Prenons nos mauvaises habitudes psychologiques et changeons-les. Comme nous aurions comme premier réflexe face à une plaie de prendre du désinfectant et un pansement, ayons le réflexe de prendre soin de notre psychologique quand nous venons d’être blessé, pour ne pas laisser s’infecter la blessure.

Un autre réflexe à mettre dans notre mallette de premiers secours est d’arrêter de ruminer ce qui nous a blessé. En effet, une des pires habitudes que nous avons en psychologie est de ruminer une situation malheureuse. Quand quelqu’un nous crie dessus, que l’on se dispute avec un être cher, quand nous sommes moqués, quand nous nous inquiétons pour un proche, nous n’arrêtons pas de repasser la scène en boucle. Mais ruminer sur des événements pénibles nous fait nous concentrer sur des pensées négatives et nous expose à un risque réel de dépression, de devenir alcoolique, d’avoir des troubles de l’alimentation, et même des maladies cardiovasculaires. « Des études disent qu’une distraction, même de deux minutes, suffit à interrompre le besoin de ruminer à ce moment précis. » Donc, chaque fois que nous avons une pensée inquiétante, douloureuse, négative, forçons-nous à nous concentrer sur autre chose jusqu’à ce que le besoin de ressasser s’en aille.

L’impact puissant de nos actions sur les générations à venir

Ce qu’il y a d’incroyable quand on regarde l’histoire, c’est que quand on voit qu’il y a 100 ans, les hommes ont commencé à avoir une hygiène physique personnelle, l’espérance de vie a augmenté de 50% en seulement quelques décennies. (Bien sûr, c’est cumulé aux progrès de la science, mais des gestes très simples comme se laver les mains régulièrement nous permet d’éviter beaucoup de maladie).

Alors si chacun de nous, quand nous sommes seul, commence à changer sa réponse face à l’échec, à protéger son amour-propre, à se battre contre les pensées négatives, « on ne se contente pas de soigner nos blessures psychologiques, on construit une résistance émotionnelle, et on prospère. » Guy Winch partage alors sa conviction remplie d’espérance que notre qualité de vie pourrait augmenter aussi vite si nous commencions tous à avoir une hygiène émotionnelle.

« Vous imaginez à quoi le monde ressemblerait si tout le monde était en meilleure forme psychologique ? S’il y avait moins de solitude, et moins de dépression ? Si les gens savaient comment vaincre l’échec ? S’ils étaient plus fiers d’eux, et s’ils se sentaient plus forts ? S’ils étaient plus heureux et plus épanouis ? Moi j’imagine, parce que c’est le monde dans lequel je veux vivre. […] Et si en vous informant, vous pouvez changer quelques simples habitudes, eh bien, c’est le monde dans lequel nous pourrions tous vivre. »

Musique d’illustration : You are loved - Stars Go Dim

Crédits photos : 1/ Jorge Lopez. Edited. 2/ Tim Mossholder 3/ Rowan Heuvel. Edited.

Lien de la vidéo originale :  « How to practice emotional first aid – Guy Winch » TED, Février 2015

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4 Comments

  1. Ch'tite Breizh

    27 octobre 2019 at 6:22

    Comme c’est drôle: j’ai lu un article cette semaine qui m’a fait beaucoup réfléchir sur avons-nous un corps (comme si « l’esprit » était le propriétaire d’un objet à son service) ou sommes nous un corps (esprit et corps tout aussi important!) => ton article me donne de nouvelles pistes de réflexions! 😉

    1. Bienheureuse Vulnérabilité

      31 octobre 2019 at 12:22

      C’est une autre approche du sujet très intéressante ! Merci pour le partage ! Mème si j’ai de plus en plus tendance à vivre la deuxième que je crois plus proche de la vérité (je rajouterai même : corps, âme et esprit tout autant importants 😉 ), naturellement je penche plus vers la première option !

  2. Ribambelle du 35

    21 octobre 2019 at 2:15

    Super ! Merci…

    1. Bienheureuse Vulnérabilité

      24 octobre 2019 at 2:17

      😀

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