J’ai (enfin !) quitté Facebook : 9 raisons d’être absent(e) des réseaux sociaux (2/2)

Si vous n’avez pas lu la première partie des 9 bonnes raisons de ne pas avoir de compte sur les réseaux sociaux, cliquez ici ! Sinon, continuons en commençant certainement par la raison la plus importante :

6. Pour favoriser la sobriété relationnelle : Retrouver la qualité et la profondeur de nos relations, plutôt que la quantité…

Qu’est-ce que ça fait du bien de revenir à réalité vraie mon frère… Pas besoin d’être connecté à XXX « amis » pour se sentir en relation avec des gens. Profiter pleinement des personnes qui nous entourent pour être pleinement présent à ces personnes plutôt que de chercher à être « connecté » avec des gens loin.

Retrouver la qualité…

Marie-Anne, une amie, me répondait avec des mots si beaux à ma question des raisons de son absence des réseaux sociaux, en réussissant parfaitement à transmettre la saveur d’un moment de qualité avec une personne : « La première raison, et de loin la plus importante pour moi, est qu’il n’y a pas grand-chose – rien? – que je possède dans ma vie. Mais une de ces rares choses que j’ai et que par conséquent je peux offrir, c’est ma présence… réelle ! Et je souhaite être présente de toute ma force. En vrai, en direct, de vive voix ou en étant simplement là à côté, physiquement, laissant dégager de mon corps le langage qui dira toute la profondeur de ce que je veux dire à l’autre. Rien ne pourra remplacer mon corps. Et je ne souhaite pas m’habituer, ni habituer qui que ce soit à une « présence » virtuelle – une présence en mon absence! – donc amoindrie, voire vidée. »

Il faut reconnaitre en effet la pauvreté du partage à distance si bien décrite par la psychologue Monique Castelain-Foret dans son livre Précieuse solitude « L’information donnée à un grand nombre d’amis n’apporte souvent en réponse à l’émetteur qu’un écho standardisé réduit à une icône produite par un clic plus ou moins automatique ». Et les messages privés ne sont pas forcément beaucoup mieux en terme de profondeur et donc de réels sentiments de connexion qui nourrissent l’amitié…

…Renoncer à la quantité

Avouons-le, on peut avoir un nombre d’amis à 3 ou 4 chiffres et se sentir en relation avec personne. Et finalement, le désir de garder contact avec tous se transforme en voyeurisme. On ne se parle pas, mais on regarde. Ok j’ai de l’affection pour les personnes qui constituaient « mes amis » sur Facebook. Mais à quoi ça sert de garder contact si on ne se parle pas ? La jeunesse nous fait croire qu’on est capable de rester en lien avec des personnes qui nous ont marquées, quelques années ou même juste le temps d’une soirée. Peut-être que rentrer un peu plus dans l’âge adulte nous fait accepter le principe de réalité que c’est impossible et nous donne la force d’en faire le deuil. Je garde toutes ces personnes dans mon cœur. Et comme pour faire vivre une relation, il faut être deux, le tri naturel se fait avec ceux qui souhaitent garder un lien même hors du réseau social.

Jérôme rejoignait cette idée en complétant : « Il y a dans le monde beaucoup de gens avec qui j’ai un jour partagé un peu de vie, avec qui j’ai fait un bout de chemin. Ces rencontres m’ont constituées : elles ont contribué à faire de moi ce que je suis. […] J’ai aimé ces personnes, et leur souhaite encore aujourd’hui de vivre pleinement et dans la joie. Cependant, je ne les ai pas collectionnées dans une liste que je pourrais contempler pour me rassurer à coté de ma ‘solitude existentielle’. Je n’ai pas non plus cherché à garder contact avec chacune : il me suffit que nous ayons partagé quelque-chose un jour, et je me sens profondément lié à ces personnes. »

Marie-Anne reconnaissait également que garder contact demandait un peu d’effort : « écrire, ne serait-ce qu’un mail personnel, passer un coup de fil… ne me dérange pas. Au contraire, cela m’aide à savoir qui sont mes vrais amis! Et à me concentrer sur mes vrais amis (parce que moi aussi ça va me prendre un peu de temps de leur écrire!). Et quel plaisir décuplé de recevoir un mot par carte, un coup de téléphone ou même un mail, personnel et donc sur-mesure, qui peut dire l’essentiel ou partager ses recherches, patauger… en confiance! »

Jérôme soulevait également le point intéressant qu’il est plus facile de se laisser la liberté d’évoluer lorsqu’on ne reste pas attaché à des relations du passé.

7. Pour éviter une charge mentale à cause de la sur-information

Bien sûr, les réseaux sociaux ne sont pas les seuls responsables de la sur-information que nous vivons aujourd’hui, il y a aussi les chaines d’informations en continue par exemple, mais ça n’est pas le sujet. Jimmy Mohammed dans la conférence précédemment citée rejoint aussi beaucoup l’idée de Pico Iyer dont je vous avais parlé dans cet article en disant « Vous n’avez pas besoin de savoir tout ce qui se passe partout dans le monde 24h sur 24, 7 jours sur 7 parce que finalement ça parasite votre cerveau et ça contribue au fait d’être malheureux. » Il n’y a qu’à voir ce qu’une absence de 10 minutes de Twitter fait, si vous suivez une dizaine de comptes : vous revenez et vous avec plus d’une centaine de tweets non lus.

Marie-Anne me disait « Une autre raison de ne pas être sur les réseaux sociaux est de limiter le nombre de sources d’information, de distractions au cours de ma journée. La journée est souvent trop courte pour faire ce que j’aimerais faire… autant limiter le nombre de choses non prioritaires qui pourraient également être intéressantes et donc me distraire des choses essentielles.

Et puis, on parle beaucoup de la charge mentale. Autant limiter – et sélectionner – le nombre d’informations qui entrent dans ma petite tête. J’en serai moins fatiguée et serai plus disponible pour les informations, relations, choses à faire que je juge importantes. Par exemple, savoir quels sont les articles likés par un ami, ça ne m’intéresse pas. Si c’est un bon ami, il me donnera des nouvelles !« 

En plus de la quantité d’informations qui apparaissent sur une même source, il y a aussi la question de la multiplicité des réseaux sociaux comme source d’informations, qui accentue cette sur-information et la perte de temps associé à consulter chaque plateforme. Je repense avec humour au film « Ce que pensent les hommes » où Mary (jouée par Drew Barrymore) se désespère de sa vie amoureuse et qu’autant de points de contact différents lui fasse vivre autant de rejets « J’aimerais revenir au temps où on avait juste un numéro de téléphone, et juste un répondeur automatique. Et cet unique répondeur automatique ne contenait qu’une seule bande magnétique et sur cette unique bande magnétique, le gars avait laissé un message ou n’avait rien laissé. Et aujourd’hui on est obligé d’aller regarder sur tous ces différents portails et te faire rejeter par sept technologies différentes. C’est exténuant. »

Bref, sortir du zapping quotidien est je crois un grand acte d’écologie intérieure. On peut vivre la sobriété heureuse aussi grâce à sobriété numérique !

8. Par pudeur et pour protéger l’espace de liberté qu’est la vie privée

Sans avoir beaucoup à détailler sur ce sujet, je souhaitais tout de même soulever ce point de la pudeur et de l’espace de liberté qu’offre la vie privée. Comme le disait Jérôme, « non seulement je ne souhaite pas étaler toute ma vie devant plein de monde, mais en plus je ne pense pas que cela soit bon de le faire. » Il est vrai que personnellement, comme je ne publiais plus rien depuis des années sur ma vie, justement par pudeur, c’est aussi cette absence de publication qui m’a fait me dire que ça ne servait à rien de garder un compte sur un réseau social si ça n’était pas pour l’utiliser.

Ce point rejoint la question de la séparation entre « vie privée » et « vie publique » et donc de la liberté que nous nous laissons pour être totalement nous-même quand cette vie privée est médiatisée. Comme en témoignait Jérôme, « Je trouve aussi que vivre des choses ‘privées’ rends libre : si on me photographie (et que je sais que cette photo a une chance sur deux de finir sur Facebook), je ne suis pas aussi libre de faire une grimace, dire ou faire une bêtise (ou même quelque-chose de délicat qui n’est pas bête). En nous figeant, on nous condamne parfois un peu à rester ce qu’on a été.« 

9. Pour mieux s’engager dans le réel et retrouver des actions qui font sens

Je reconnais que partager des articles qui nous tiennent à cœur, parler de sujets qui paraissent importants pour l’avenir de la société, donne l’impression d’un peu changer le monde, surtout quand le nombre de « like » donne l’impression que le sujet a reçu un bon accueil. Comme me le disait Marie-Anne « C’est vrai aussi que partager sa mobilisation pour un sujet nourrit un réel phénomène de boule de neige. Mais au niveau sociétal, ça ne suffit pas à enclencher les changements dont on a tant besoin, puisque que l’on parle de justice, d’écologie intégrale, etc, ces changements sont justement, à mon avis, essentiellement d’ordre relationnel ! » Dans la conférence TEDx, Jimmy Mohammed mettait bien en relief l’exemple parlant que rares, voire inexistants, sont ceux qui ont changé d’avis à la simple lecture de quelque chose sur les réseaux sociaux. Et puis finalement, quand on s’intéresse vraiment à un sujet et qu’on veut grandir en compétence sur celui-ci pour changer son mode de vie, on découvre des réseaux réels (lors de conférences, des collègues qui partagent les mêmes centres d’intérêts…) et on réalise alors que les réseaux sociaux ne sont pas indispensables, et au contraire, empêche peut-être de passer de la théorie au concret, de se rappeler que celui qui veut changer le monde doit commencer par lui-même.

Je passerai sur tout l’aspect santé des réseaux sociaux, comme par exemeple la question de dépendance, parce que ça n’est pas le domaine que je gère le mieux mais n’hésitez pas à découvrir cette partie dans le TEDx que j’évoquais à partir de la dixième minute environ.

En conclusion…

De plus en plus je cherche dans ma vie ce qui me reconnectera à l’humain, car au fond c’est l’Autre qui met de l’intensité dans ma vie et me rend plus heureuse. Pourtant, autour de nous, tout se digitalise, se numérise chaque jour plus. Et l’écran ne pouvant faire l’écho de l’entierté de notre humanité, on s’habitue à des relations, une qualité de présence et de communication qui s’appauvrit.… Je crois qu’en quittant Facebook, j’avais juste besoin, par un tout petit acte symbolique, de faire le contrepied pour remettre la balance un peu au milieu.

On a beau vanter que le numérique nous fait gagner du temps mais je crois que c’est un mensonge car il nous en fait perdre rapidement plus qu’il ne nous en fait gagner pour les choses essentielles.

Et si vous continuez à utiliser les réseaux sociaux, j’espère tout de même que cet article vous aura donné quelques clés pour évaluer votre rapport à ces plateformes pour vous assurer que c’est vous qui les gérez et non l’inverse. Un petit conseil tout simple en ce sens : Ça n’a jamais été mon cas quand j’avais Facebook car j’ai toujours refusé de l’installer sur mon téléphone mais il y a des gens qui se laissent interrompre par chaque notification et quand ils ne sont pas sur leur téléphone pendant 1h, celles-ci s’accumulent… Si vous êtes sur un réseau social, je vous conseille au moins de désactiver les notifications. Profitez du réseau quand VOUS le décidez et non quand lui décide de s’imposer dans votre quotidien.

Et en conclusion de la conclusion héhé, j’utiliserai les « mots clés » de Marie-Anne « relations, présence, priorités, authenticité, disponibilité (de corps et d’esprit), société. »

Musique d'illustration :  Carmen – Stromae

Crédit photo : 1/ Volodymyr Hryshchenko. 2/ Aman Dhakal. Edited.

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2 Comments

  1. Claire

    30 mars 2020 at 4:41

    Merci !!! Moi aussi j’attends de quitter facebook ! (dès que j’aurais quitté la fac ^^) Mes réflexions rejoignent les tiennes
    Et bravo d’avoir sauté le pas ! Pas grand chose de perdu, et un boulet en moins au pied, c’est toujours ça de gagné

    1. Bienheureuse Vulnérabilité

      3 avril 2020 at 7:47

      Merci !
      Voilà c’est ça =D

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