Désobéir à la tyrannie des émotions – Ilios Kotsou

C’est vrai que la gestion des émotions est certainement un de mes sujets de prédilection. Et lorsque l’on voit le titre de cette conférence TEDx, on pourrait croire que le discours d’Ilios Kotsou sera de ceux qui disent que l’homme a la capacité de tout contrôler et qu’il se doit de ne rien laisser paraitre, ce qui reflète au fond un désir de toute puissance. Mais non. C’est tout le contraire. C’est une invitation au courage, à se situer au cœur de la tempête, pour découvrir que c’est là où les tourments se ressentent le moins fort. Une invitation à prendre un autre chemin que la lutte ou la fuite.

Renoncer à la fuite et au contrôle

Ilios Kotsou utilise le fil rouge d’une fête des voisins qu’il a vécu (en réalité ou en fiction, nous ne le saurons pas !). Cette fête où il avait mis une banderole « Bienvenue à tous et à toutes », pour se rappeler quelques heures plus tard de ce voisin, appelé Albert, un peu encombrant, qu’il ne souhaitait pas du tout voir débarquer à la fête. Mais alors qu’Ilios ne souhaitait pas accueillir cet homme qui parle très fort, est agressif, désagréable, il était trop tard pour retirer la banderole car le voilà déjà que l’homme s’approchait de la maison.

Cet Albert, « ce sont toutes les émotions que nous n’aimons pas. Celles dont nous voulons nous débarrasser, la peur, la colère, la tristesse, la jalousie. » Alors après avoir choisi d’ignorer Albert, qui rentre de force dans la maison, Ilios met en place sa deuxième stratégie : le contrôle, la surveillance

Contrôler, surveiller Albert, afin qu’il ne sème pas la pagaille dans ma fête. « Mais imaginez, si je passe ma soirée accroché aux basques de l’invité indésirable, pour l’empêcher de faire une bêtise, quelle disponibilité me reste-t-il à accorder aux autres invités : La joie, le contentement, la gratitude, la gaieté, l’enthousiasme ? Ne sommes-nous pas prisonniers de tout ce que nous refusons ? »

Une troisième voie : la liberté dans le consentement

Alors que nous avons appris à lutter contre tout ce qui parait nous mettre en danger, nous reproduisons mécaniquement ce réflexe, sans réaliser que « lorsque que la lutte se fait contre nos propres émotions, nous perdons toujours. » A être incapable de prendre soin de nos propres sentiments, nous devenons incapable de prendre soin de ceux des personnes qui nous entourent et nous sont chers. Pourtant, la solution face à nos sentiments est la même que nous devrions adopter si nous sommes pris dans des sables mouvants : consentir. Apprivoiser nos émotions difficiles pour s’en libérer.

Pour reprendre la comparaison avec ce voisin encombrant, Ilios propose cette nouvelle voie : Ouvrir la porte à Albert, le servir, l’installer confortablement, sans pour autant se sentir obligé d’être d’accord avec tout ce qu’il dit, ni même l’aimer. C’est juste admettre que « refuser n’est pas une option viable. Que lutter contre lui est plus dangereux qu’accepter ». Et une fois qu’il a pris soin de cet invité, il retrouve toute sa disponibilité pour nourrir ses autres invités : la joie, la gratitude, le contentement, la gaieté, l’enthousiasme, la compassion. Nous exerçons notre liberté quand nous prenons soin de tous nos invités, même, et surtout, ceux qui sont désagréables, et que nous n’avons pas conviés.

Quelles conséquences si nous n’accueillons pas nos émotions ?

Des chercheurs des universités de New York et Boston ont d’ailleurs testés les vertus de ces attitudes d’acceptation et d’accueil sur des personnes souffrant d’anxiété panique. Les résultats sont sans appel : l’anxiété est diminuée quand la personne est dans une attitude d’acceptation, et la peur de revivre cette expérience désagréable est diminuée.

Ilios continue en disant que lutter contre ses émotions difficiles, en plus de ne pas fonctionner, entraine deux conséquences très néfastes :

1/ Quand nous « sommes habitués à lutter et à éviter nos sentiments, nous finissons par éviter consciemment ou inconsciemment, les contextes et situations dans lesquels ces sentiments pourraient se produire. Nous n’allons pas nous engager dans un projet important, par peur d’échouer. Nous n’irons pas vers quelqu’un qui compte pour nous, par peur d’être rejeté. Nous n’ouvrirons pas nos bras à ceux que nous aimons, par peur de souffrir. » Nous devenons alors prisonniers de ces sentiments qui nous empêchent de déployer notre vie.

2/ « Refuser d’être connecté à mes sentiments, c’est comme refuser l’information sur tout ce qui est essentiel dans ma vie, et duquel je devrais prendre soin. » C’est comme refuser notre boussole intérieure.

Apprendre à vivre avec toutes nos émotions permet de traverser nos peurs

Nous aimerions tous avoir une baguette magique pour supprimer toutes les difficultés de l’existence, mais ça n’existe pas. Ilios partage alors que « la grande bascule de [sa] vie est arrivée le jour où [il a] compris qu’il [lui] serait impossible d’être libre de quoi que ce soit, sans être par là-même automatiquement prisonnier de la chose même de laquelle [il voulait se] libérer. »

La désobéissance la plus importante pour notre liberté, c’est la désobéissance par rapport à nos propres peurs, nos propres conditionnements.

Exemples concrets : si je suis timide et que j’attends d’être libre de ma timidité pour aller vers les autres, je pourrais attendre longtemps, et peut-être même attendre un jour qui n’arrivera jamais. Alors que si j’apprends à vivre avec cette timidité et les peurs qui en découlent, et aller vers ce qui est important pour moi, avec tout ce que je suis, c’est là où je me sentirai vraiment libre.

Entrer en amitié avec toutes mes émotions, même les plus difficiles, cela s’appelle le courage.

Conclusion : nos émotions négatives nous appellent au courage

« La bonne nouvelle, pour celles et ceux, qui comme moi, connaissent la peur, c’est que ce sont les seuls qui peuvent se montrer courageux. Petite peur, petit courage. Grande peur, grand courage. Pas de peur, pas de courage. La peur n’est donc pas un problème. C’est la peur de la peur qui nous paralyse. »

Saviez-vous que dans un ouragan de 300 km/h, l’endroit le plus calme serait situe au cœur même de la tornade ? Là les vents ne sont plus qu’à 30 km/h. Alors si nous apprenons le courage de cesser de fuir, le courage de faire face à nos ombres et fantômes, et qu’on ose s’installer au cœur même de l’expérience, on découvrira qu’il y règne « un calme d’une étonnante beauté ». Et cette paix développera en nous « une infinie tendresse pour la vie »… n’est-ce pas une formule synonyme pour parler du bonheur ?

Musique d'illustration : Peace - Hillsong

Lien de la vidéo originale : TEDx VaugirardRoad

Pour en découvrir plus sur Ilios Kotsou : son site internet & sa page Facebook.

Crédits photos : 1/ Karl Fredrickson. Edited. 2/ Kristopher Roller. Edited.

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