Comment combiner nos forces et nos fragilités pour offrir le meilleur de nous-mêmes ? – Dominique Steiler

Titre original de la conférence : « Mindfulness : force et vulnérabilité » de Dominique Steiler

Dominique Steiler est une personne qui impressionne par son CV, car celui-ci démontre tout le courage et l’intelligence dont l’homme est doté. Pourtant, cette conférence TEDx donnée en 2013, ne vient non pas minimiser toutes les compétences qu’il a développées au fur et à mesure de sa carrière comme, entre autres, officier pilote de chasse de l’Aéronautique Navale, coach ou chercheur, mais plutôt donner des éclairages sur ce qui a animé l’homme dans toutes ses expériences et finalement rappeler que derrière toute image aussi incroyable que la personne peut renvoyer, existe un homme qui doute parfois et se sent limité. Selon moi, les propos que le chercheur tient dans cette conférence sont source de grande inspiration ! J’espère réussir à vous retranscrire la beauté de son message.

Il choisit de démarrer son témoignage en parlant de ce petit stress, « ces oscillations » au début d’une prise de parole en public. Peut-être certainement ce qu’il vit au même instant qu’il l’évoque. Ces oscillations ne sont ni plus ni moins un révélateur de notre fragilité. Une certaine insécurité qui, discrètement se fait connaitre. Certainement que toute personne qui a déjà partagé quelque chose d’un peu personnel en public a déjà ressenti cette sensation. Et pour Dominique Steiler, ces oscillations lui ont permis réaliser que si le message qu’il faisait passer avait un certain impact, c’était parce qu’il combinait tout ce qu’il était : fragilités et inquiétudes, puissance et lumière de son message.

Et de cette constatation apparait la question : « Comment est-ce que je peux combiner mes fragilités avec mes lumières, mes forces avec mes lâchetés, pour essayer de donner quelque chose, offrir quelque chose, à ceux qui sont devant moi, qui ait de l’intérêt et qui ait du corps ? » A cette interrogation, il va y répondre tout au long de la conférence grâce, premièrement au partage du chemin qu’il a fait lui-même pour mettre au jour ses incohérences et les accepter, pour ensuite adapter sa réponse au monde de l’entreprise afin de proposer une réorientation innovante de nos responsabilités professionnelles.

Notre cape de superman

Il revient alors sur la présentation qui a été faite de lui avant qu’il prenne la parole. Vous savez, celle où l’on détaille les grands exploits d’un orateur avant de lui passer le micro, pour l’introduire au public.

Et pour lui, cette présentation symbolise exactement ce qu’il appelle sa « cape de Superman » qu’il définit de la manière suivant :

« Qu’est-ce que c’est que cette cape de superman ? C’est en fait tout ce que je décide d’endosser au moment où je me montre dans mon extérieur avec l’espoir qu’on va m’apprécier. Avec tout un ensemble de croyances qui sont sous tendues par ça, des croyances que vous partagez certainement avec moi : tu dois être fort, tu dois réussir, tu ne dois pas échouer,… Il faut que ce soit dur, on n’est pas là pour rigoler, si jamais ce n’est pas dur, ce que tu as réussi n’aura certainement que peu d’intérêt… En tout cas tout un ensemble d’armures que j’ai pris sur moi petit à petit. »

Il raconte alors une anecdote où, dans un groupe de travail avec des ingénieurs un peu crédules face au thème de la bienveillance en entreprise, il ressort son expérience de pilote de chasse, dans le but de regagner l’estime des ingénieurs.

Il réalise alors, vers l’âge de 30-35 ans, qu’il endosse cette cape pour l’unique raison de se faire aimer, accepter, être reconnu. Et que cette stratégie développée pendant de nombreuses années lui permet de répondre à cette question qu’il se pose : « Comment je fais pour répondre à mes besoins les plus fondamentaux, exister au milieu des autres, être aimé par eux, être reconnu, avoir un sens à ma vie ? »

La fissure dans la cape de Super Héros

Ce sont donc ces oscillations, ces signaux de fragilités, qui ont commencé à faire sonner un peu faux le discours de « puissance » qui était transmis. Comme une « sensation d’usurpation ». Le décalage entre l’intérieur et l’extérieur se fait sentir. Le désir devient alors d’ajuster les deux. Mais comment faire, quand depuis tout petit on lui a dit « Fais très attention ! Tes émotions, tes fragilités, il ne faut surtout pas les exposer. Si tu les expose, ça va devenir compliqué. » ?

Sauf que, force est de constater que suivre le conseil de refoulement des émotions menait uniquement à un écroulement de la confiance à cause de cette divergence qui tiraille entre ce qui est ressenti dans le cœur et ce qui est transmis à l’autre par les mots. La raison est simple : on devient alors en attente du moment où les autres vont réaliser que nous sommes simplement normaux.

Un autre exemple probant où la cape de Superman apparait, dans le même style que la présentation d’un conférencier, est le CV. Dominique Steiler partage alors son expérience d’accompagnement des étudiants dans la réalisation de leur CV et lettres de motivation, alors que les élèves avaient passé beaucoup de temps à construire un CV en ne montrant que leurs bons côtés. La croyance forte est toujours la même : « Si je ne montre que ça, on va m’aimer, on va m’intégrer, on va me faire venir dans l’entreprise dans laquelle je vais aller. Je vais enfin pouvoir vivre. » (Pourtant, un CV uniquement composé d’événements considérés comme des échecs ou de compétences que la personne n’a pas, avait fait le buzz en 2015 quand le candidat avait reçu 5 propositions d’entretiens ! Article ici pour les curieux.)

En parallèle, Dominique Steiler faisait aussi du coaching pour des managers qui se sentaient seuls, isolés, pressurés par une performance continue qui leur était demandée, et leur contradiction intérieure était la suivante : « Je ne peux pas dire que je commence à  être fragilisé puisque c’est moi qui suis à la tête de la pyramide et si je n’ai aucun lieu où je peux dire que je suis fragilisé à certains points, comment je vais survivre ? ou alors : je suis en train de craquer parce que je n’ai pas de lieu pour pouvoir le faire. »

Les étapes du chercheur pour retrouver la cohésion entre l’intérieur et l’extérieur

Sur le chemin de Dominique Steiler, se succèdent alors trois étapes après ce constat de ces zones de fragilités :

Alors que les personnes disaient au coach « je suis imparfait », il répondait avec « des méthodes et des outils » en croyant remédier à ces imperfections. Sauf que cette stratégie ne marche que pour un temps très court car les personnes deviennent avides d’encore plus de méthodes et d’outils pour espérer remédier à leurs fragilités. C’était finalement vouloir renoncer à la performance en retombant dans la performance.

Le deuxième temps, ça n’est plus dire « je suis imparfait », mais se demander avec tranquillité « je ne suis pas parfait, mais est-ce que je peux faire mieux avec qui je suis ? » Pour autant, le chercheur n’était pas satisfait de cette manière de penser car dire que je ne suis pas parfait signifie admettre qu’il y a quelque chose en moi qui ne fonctionne pas très bien.

La troisième étape libératrice est d’admettre : « Et si après tout, j’étais parfait, non pas comme superman, mais parfait voulant dire : je suis parfait avec tout ce que je suis : mes fragilités, mes forces, mes lumières, mes ombres, mes oscillations, mes aplombs, ma puissance, mes lâchetés… »

Et accepter que notre perfection englobe tout ce que nous soyons permet d’aborder nos challenges (professionnels, relationnels…) avec plus de tranquillité.

Nos fragilités, chemin vers l’universalité

Dominique Steiler appelle ensuite à voir la fragilité comme notre humanité commune. « Notre commune humanité ne se trouve absolument pas dans nos réussites. […] Alors que nous avons tous des lieux différents, des envies différentes, notre point commun il est clairement sur nos fragilités, sur le besoin d’être aimé, sur le fait d’être reconnu, sur le fait d’exister. »

Il fait alors un parallèle entre son métier de pilote de chasse et son rôle de manager : « Bien sûr que la mission compte, que de l’atteindre est important. Mais au bout du compte ce qui est beaucoup plus important est faire tout mon possible pour que l’autre revienne avec moi, et que je ne rentre pas seul. Que lui soit protégé. » La question est donc « est-ce que je peux progresser dans mes objectifs, est-ce que je peux atteindre mes buts en ramenant avec moi de ma mission, tous les gens qui sont avec moi, sans les perdre en chemin ? »

Et après un rappel de l’étymologie du mot « émotion » qui est « mettre en mouvement », il affirme alors que cette puissance que chacun a, vient de nos lumières autant que de nos fragilités, sans qu’il y en ait une plus importante que l’autre.

L’accueil de nos fragilités en entreprise, un chemin vers la Paix Économique

Cette mise en mouvement grâce à l’unicité retrouvée de tout ce que nous sommes est également favorable pour l’entreprise, même si certainement que l’assumer ouvertement aujourd’hui est peut-être novateur voire révolutionnaire. En tout cas, c’est un des aspects que travaille la Chaire « Paix Economique, Mindfulness et Bien-être au travail » créée par le chercheur et basé à Grenoble. Cette mise en mouvement demande du courage et le développement d’une attitude de guerrier, mais la guerre que nous devons mener n’est pas dans les entreprises car elle risque de causer des dommages collatéraux (stress, burn out, suicide…), mais face à nos peurs intérieures. Le conférencier pose alors une question fondamentale avec un ton volontairement provocateur : « Est-ce que l’entreprise est un lieu qui produit de la richesse financière en broyant des braves gens ou est-ce que l’entreprise c’est l’inverse, un lieu social à moteur économique, un lieu dont l’objet est de générer et de renforcer du tissu social et dont les moyens pour renforcer le tissu social ce sont-là création de richesses et la création de bien-être ? »

Finalement, l’aptitude qui va découler de cet endroit de tension intérieure est la « capacité de combiner mes fragilités, mes lâchetés, mes vulnérabilités avec mes forces, ma puissance et mon pouvoir », pour être « un guerrier au sens propre du terme. […] Un guerrier qui va comprendre que le meilleur moyen que j’ai d’agir est de tenter de rester présent dans ce qui est là. Rester là avec tout ce qui apparaît : toutes mes peurs, toutes les peurs de l’autre, toutes ses envies, toutes ces réussites,… » Un guerrier capable de « rester en phase avec le maximum de courage, parce que ce n’est pas très simple de rester en face de l’autre quand il est en système d’agression par exemple. » Et faire preuve de courage voulant dire agir « avec [son] cœur » (grâce à l’étymologie de courage qui vient de cœur), c’est-à-dire qu’être un guerrier courageux est donc « quelqu’un qui va avancer la poitrine déployée. »

Le chercheur conclue alors sa présentation par l’idée poignante que nous ne pouvons pas croire que c’est en préparant la guerre imaginant qu’elle précède la paix, que nous allons atteindre effectivement cette paix. Et il illustre cette conviction par la citation de Théodore Monod « Qui veut la paix, prépare la paix». Devenons des guerriers face à nos peurs, pour grandir en tranquillité du cœur et ainsi devenir des instruments de paix dans ce monde !

Musique d’illustration : Try - Colbie Caillat

Crédit photo : 1. Dominik Vanyi. Edited. 2. Nathan Hulsey. Edited. 3. Esteban Lopez. Edited. 4. Edu Lauton. Edited.

Lien de la vidéo originale :  « Mindfulness : force et vulnérabilité : Dominique Steiler at TEDxIsereRiver » TEDx, Octobre 2013

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