Comment aider une personne à sortir d’une crise d’angoisse ? (3/3)

[Dans les épisodes précédents…] Dans cet article, je tentais de définir ce qu’est l’angoisse et surtout essayer d’expliquer à une personne qui ne le vit pas comment cela se concrétise. Et dans cet article je mettais en garde vis-à-vis de certains discours qui peuvent être néfastes pour la personne en souffrance. Dans ce dernier chapitre, nous allons essayer de voir les attitudes ou phrases qui peuvent vraiment faire la différence et aider une personne à sortir de la crise. (J’ai l’impression de faire un plan de bac de psycho ! Ouai j’invente des matières de bac.)

Mais avant je voudrais dire deux choses :

  • Toi qui est témoin de l’anxiété d’un(e) autre, tu as le droit de te sentir démuni(e), de n’avoir aucune idée de savoir comment réagir (même après la lecture de cet article 😉 ) parce que l’angoisse est quelque chose de complexe car l’expérience de chacun est différente et il n’y a donc aucune réponse toute faite.
  • L’amour que tu montreras ne sera jamais perdu. J’aurais tendance à t’inviter à oser ! Oser ce mot, cette phrase, ce câlin… après quelques secondes de réflexion bien sûr mais ose. Parce que au mieux ça sera un premier point de contact pour accompagner la personne (même si cet accompagnement ne dure que 5 minutes !) et au pire, si ton geste s’arrête là, la personne aura vu ton intention et ton essai et chaque preuve d’amour donnée n’est jamais perdue. Fais toi confiance que tu fais de ton mieux. Parfois ce cadeau met juste du temps à être accueilli.

Autoriser la personne à exprimer ce qu’elle ressent

Je parlais de son contraire dans l’article précédent, en premier point également, car tout comme empêcher une personne d’exprimer ce qu’elle ressent, donner le droit à la personne de vivre ce qu’elle vit au moment T est libérateur, car souvent, la personne elle-même ne s’autorise pas à ressentir ce qui se vit en elle car elle croit qu’il vaut mieux refouler plutôt que de montrer son impuissance à gérer ce qui se passe. Exemple de phrase qui fait du bien « Si tu as besoin de pleurer, pleure, ça fait du bien. La force de prendre des décisions pour améliorer ton bien-être viendra en son temps. »

Chercher ce qui fait du bien à la personne pour l’inviter à le faire (avec elle)

Chaque personne est différente et donc ses besoins avec. Rien de tel pour savoir ce qui ferait du bien à la personne que de lui demander directement plutôt que de décider pour elle. Selon le niveau d’auto-connaissance de la personne, vous pouvez poser l’une des questions suivantes : De quoi as-tu besoin ? Est-ce que je peux faire quelque chose pour t’aider ? Est-ce que XX te ferait du bien ? (remplacer « XX » par « aller te balader, regarder un film, me raconter ce qui ne va pas, appeler untel, être seul, faire quelque chose ensemble… »)

Si la crise commence alors que vous êtes en groupe, dans une soirée par exemple, proposer de raccompagner la personne chez elle permet premièrement d’éviter le regard des autres et sortir de ce sentiment de honte qu’il peut créer, tout en se sentant accompagné et donc aimé, et deuxièmement, de créer plus d’intimité pour faciliter une discussion si la personne en a besoin. Il n’est pas de trop d’ajouter que votre proposition n’a pas l’intention d’exclure la personne de la soirée mais de lui proposer des options pour qu’elle choisisse ce qu’est le mieux pour elle.

Petite nuance : alors oui dans l’idéal, il ne faut pas décider pour la personne ce qui est bon pour elle. Sauf que quand l’angoisse est trop forte et paralyse (ou simplement quand on ne se connait pas bien), on peut être incapable de savoir ce qui nous fait du bien, de prendre une décision ou de répondre à une question. Si vous voyez que la personne est totalement paralysée, après lui avoir laissé le temps et les options, si ça ne donne rien (ou si vous avez déjà vue cette personne dans l’angoisse et savez ce qui lui avait fait du bien la dernière fois), passez de la question à l’affirmation. « Raconte-moi ce qui ne va pas », « Viens, on va faire un tour »,… Sachant que, j’ose croire que c’est relativement universel, parler fait toujours du bien. N’hésitez donc pas à essayer de faire parler la personne en lui demandant des questions précises comme « est-ce que ce que j’ai fait t’a blessé ? », « est-ce que tu paniques à cause de ça ? », « est-ce que c’est untel qui t’a dit quelque chose ? »,… Transition subtile avec le point suivant.. !

Ecouter sans juger (même si vous ne comprenez rien), pour que la violence qui bouffe la personne puisse sortir

Alors oui, sans croire totalement que mon cas est universel, moi ce qui m’aide profondément, c’est de me sentir écoutée sans être jugée, même si la personne ne comprend pas. Pouvoir exprimer la violence de ce que je ressens permet de le faire sortir de moi. C’est totalement salvateur. Et rien que le fait de parler permet de ralentir le flux des pensées, de reprendre un peu le contrôle sur elles, de les clarifier, voire même de trouver des solutions par le seul fait d’exprimer le problème. L’autre avantage de communiquer à l’autre la source de notre angoisse est de commencer à renouer un lien au monde, mais nous y reviendrons. 🙂

Partager votre vision positive des choses

Si l’angoisse de l’autre est due à une projection négative sur l’avenir (avant un examen par exemple), partager votre point de vue et les raisons (les plus objectives possibles) qui vous font penser que ça va bien se passer permettra peut-être à l’autre de se rallier à votre manière de penser de manière douce. Mais attention, l’idée n’est pas d’imposer votre point de vue à l’autre sinon on retombe dans le « tu dois voir les choses comme ça » mais seulement de partager de manière très personnelle ce que vous pensez, en espérant que l’autre en retire quelque chose. Par exemple, dans le cas d’un examen « Je crois que tu as toutes les qualités et l’inteligence nécessaires pour réussir cet examen quand on voit les notes que tu as eu jusqu’à présent ou la manière dont tu as résolu tel problème, mais je comprends que l’enjeu te stress ».

« Essaye  » plutôt que « Il faut / Tu dois »

Si vraiment cela vous démange de partager un conseil, utilisez le mot « Essaye… » ou « Je crois que ça te ferait du bien de… », plutôt que de transformer votre conseil en ordre culpabilisant, comme j’en parlais dans l’article précédent.

L’aider à se réancrer dans la réalité

L’enjeu principal dans l’angoisse est de renouer le lien au monde pour sortir de la prison mentale (comme j’évoquais dans la définition de l’angoisse). Et vous pouvez être cette bouffée d’air frais qui se fraie un chemin au milieu de ces cloisons pour guider la personne vers la lumière de la réalité. Parce que parfois ça n’est pas quelque chose de très concret (comme un examen par exemple) qui angoisse la personne, mais juste la succession de mensonges dans sa tête (ou qu’on peut appelé « film ») qui créent des sentiments d’abandon, de rejet… C’est donc pour contrer ces mensonges mentaux qu’il faut réancrer la personne dans la réalité.

Comment réussir cela ? Quelque chose que je trouve très efficace est quand l’autre reprend les pensées exprimées et démontre par A + B (avec douceur et bienveillance 🙂 ) qu’elles ne peuvent pas être vraies. J’insiste bien sur « douceur et bienveillance » ! Il ne faudrait pas donner l’impression de dénigrer ce que pense l’autre à l’instant T, au risque de provoquer l’effet contraire désiré.

Par exemple, si l’angoisse fait croire à la personne pour X ou Y raison qu’elle ne compte pas pour un être qui lui est cher, lui rappeler les faits qui prouve le contraire (« Rappelle-toi qu’elle/il a fait ci ou ça pour toi,… », « Pour en avoir parlé avec elle/lui plusieurs fois, je sais combien tu lui est très important… »).

Ce qui est sûr, c’est que qu’importe la raison de l’angoisse, dans ces moments-là la personne n’a vraiment pas une forte estime d’elle-même (pour ne pas dire qu’elle est inexistante ou à 10 mètres sous terre). Rappeler quelques qualités qu’a la personne est également très puissant. Par exemple en utilisant toujours des phrases les plus objectives possibles, ou basées sur des exemples de succès par exemple pour ne pas que la personne dans l’angoisse puisse dire intérieurement « ce n’est pas vrai ».

L’angoisse est parfois tellement saisissante qu’elle ne laisse plus la capacité de prendre du recul, de relativiser et de se rappeler d’événements positifs passés qui aideraient à constater que l’émotion présente n’est pas la réalité. En rappelant simplement des faits que vous connaissez, vous aiderez la personne à élargir son champ de vision et à se rendre compte petit à petit que son émotion lui ment.

Montrer de l’amour

Comme je le disais, c’est le réancrage dans la réalité qui sauve. Et la réalité la plus importante et la plus puissante, celle qui peut calmer toutes les angoisses, c’est celle de se savoir aimé(e). Il n’en faut pas beaucoup pour transmettre à quelqu’un de l’amour. Oui on peut se sentir désarmé, mais je crois que tous, quand on a la volonté de transmettre de l’amour, même si on est maladroit, même si on n’a pas été habitué à communiquer nos sentiments, quelque chose transparait. Un câlin silencieux, une écoute attentive et accueillante, un « ce que tu vis me dépasse totalement et je me sens impuissant(e). Mais ce dont je suis sûr, c’est que je t’aime. » Votre présence, votre temps, votre écoute, est d’ailleurs déjà une grande preuve d’amour.

Une personne en état d’angoisse a conscience que son état si vulnérable et faible n’a rien à envier et l’éventualité d’être aimé(e) dans cette situation lui parait donc impossible.

Se savoir aimé jusque-là, jusque dans cet état, c’est ça la vérité qui sauve.

Avant de conclure je voudrais faire une parenthèse sur la différence entre une « crise d’angoisse », quand l’événement déclencheur vient tout juste de se passer et l’émotion est vive, à l’anxiété qui s’installe et qui peut donner l’impression d’une dépression vue de l’extérieure. Ce qu’il faut savoir en premier c’est que plus le temps passe et l’angoisse s’ancre et grossit, plus il est difficile de remonter. Ça vaut donc vraiment le coup d’investir du temps dès le début pour aider la personne à gérer son émotion avant qu’elle ne prenne plus d’ampleur. Je crois que ces conseils peuvent être mis en place à n’importe quel moment, si la crise vient de se déclencher ou si c’est une tristesse/anxiété de fond, surtout en ce qui concerne l’écoute. En revanche, si après tous vos efforts, l’état de la personne ne s’améliore pas, vous pouvez simplement partager votre préoccupation devant l’état de l’autre (car ça montre que la personne compte pour vous) et l’inviter à aller voir un professionnel en admettant avec humilité votre impuissance face à ce quelque chose devant lequel votre amour ne parait pas suffisant pour lui permettre de retrouver un équilibre.

Je conclurai cet article par un extrait du livre de Tim Guénard « Quand le murmure devient cri »

« Que c’est bon de se rappeler que, parfois, il nous est seulement demandé de donner du temps. Nous sommes des drains. Nous ne sommes pas là pour aider les autres, mais pour drainer leur histoire, pour qu’ils trouvent leur propre chemin de paix. »

Musique d’illustration : Reload - Sebastian Ingrosso,  Tommy Trash, John Martin

Crédit photo : 1/ Mac An Bheatha. Edited. 2/ Sasha Freemind. Edited. 3/ Zack Minor. Edited.

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2 Comments

  1. Ribambelle

    30 septembre 2019 at 10:21

    Wouah…. Respect !
    Maintenant qu’on a le mode d’emploi, ya-plus-ka !

    1. Bienheureuse Vulnérabilité

      2 octobre 2019 at 11:06

      Hahaha, c’est ça ! Ya-pu-ka !

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