La parabole de l’arbre – ou la seule manière durable et joyeuse de donner

Ah le don de soi… vu comme un idéal inaccessible, le seul remède qui vaille contre l’égoïsme, quelque chose qui crée la peur de l’épuisement ou encore comme quelque chose d’oppressant qui nous renvoie à nos limites, il est pourtant une conjugaison du seul chemin qui rende heureux. Peut-être la manière de fonctionner de l’arbre peut nous éclairer sur la manière de vivre le don de la façon la plus juste et durable qui soit.

Pour porter du fruit, un arbre doit d’abord recevoir du soleil, de l’eau,… se laisser le temps de grandir, de se fortifier. Ensuite seulement il porte du fruit. Mais ceux-là ne sont pas pour lui, mais pour que les autres en profitent et soient nourris. C’est grâce à cette première étape que l’arbre peut rester frais et porteur de fruits. C’est parce qu’il est lui-même d’abord nourri et ouvert à la réception de ce dont il a besoin pour grandir qu’il peut ensuite faire profiter d’autres personnes de ce qu’il a à donner. Qu’est-ce que cette observation nous apprend ?

1. Pour que le don soit ajusté, accepter de ne pas être sa propre source.

Tout nous a été donné. Sans être chrétien, on peut accepter que notre éducation nous a été donnée, l’amour que nous avons reçu nous a été donné, la nature à contempler nous est donnée… Les plus belles choses de la vie que nous chérissons nous ont été données et ne sont en rien le fruit de notre travail. Alors accepter que nous ne pouvons pas donner ce que nous n’avons pas reçu. Si je ne reçois pas d’amour, comment puis-je savoir ce que c’est et en transmettre aux autres ? Acceptons que « je ne peux donner ce que je n’ai pas reçu » et cherchons en priorité des lieux de ressourcement pour trouver notre soleil et eau à nous.

2. Il faut être soi-même en bonne condition pour pouvoir donner.

J’ai hésité au début à concentrer l’article sur l’anecdote de l’avion. Si vous avez déjà pris l’avion, vous savez que pendant les consignes de sécurité, en cas de dépressurisation de l’intérieur de l’avion, des masques à oxygène tombent et il est demandé aux parents de mettre d’abord le sien avant d’aider son enfant. La raison est simple : si vous vous n’êtes pas en état pour aider votre enfant, les deux vont tomber dans les pommes… Et c’est pareil pour l’arbre qui ne peut pas donner de fruit s’il a manqué d’eau par exemple. Et c’est pareil pour nous, si nous ne sommes pas en état d’aider quelqu’un parce qu’on a besoin de repos et qu’on le fait quand même, on va encore plus s’épuiser et on ne sera pas d’une grande utilité à l’autre personne.

3. Devenir qui l’on est en profondeur.

Se laisser être qui l’on est en profondeur est fondamental pour que notre don ne nous épuise pas. Si un pêcher cherchait à être un cerisier, il serait tellement malheureux qu’il ne réaliserait même pas les fruits qu’ils portent. De même, si je cherche à donner aux autres mon aide en informatique, eh bien je vais m’épuiser et serait absolument inutile parce que je n’y connais rien ! (Ça ne fait jamais de mal que de se demander si je cherche bien à être moi-même en développant mes talents ou si je suis trop occupé à regarder les talents des autres et à vouloir leur ressembler.) C’est de cette condition, d’être fidèle à notre vocation, que nait le point suivant.

4. Donner ce que nous avons reçu est la chose la plus simple et naturelle qui soit.

Au fond c’est en étant soi-même, en laissant nos talents se déployer que l’on aide les autres. Le don ne demande pas un effort sur-humain. Quand on regarde un arbre, est-ce que celui-ci fait un effort pour porter du fruit ? Non, l’arbre ne pense pas à tout ça, il n’y a rien de plus naturel, cela entre dans l’ordre des choses, il se contente d’être. Il suit simplement le cycle de la vie. Avec le don de l’homme, c’est pareil. Si nos besoins sont nourris, on a naturellement une tendance à se tourner vers les autres et à leur faire profiter de notre présence. La subtilité est que les deux mouvements se font en même temps. Je me nourris en même temps que les autres profitent des fruits que je porte.

Le don de soi, la générosité du cœur, n’épuise pas si elle est ajustée. Pour retrouver ce don libre et joyeux on peut alors se demander : Pourquoi je donne ? Pour plaire aux autres ? Parce que je n’arrive pas à dire non ? Est-ce que je crois que je suis la propre source de mon don ou est-ce que je prends le temps de recharger les batteries ? Les autres ne prennent que ce qui déborde ! Les fruits… Ils ne vont pas toucher à l’essence même de l’arbre (disons qu’on parle d’une société de chasseur-cueilleur qui n’abattent pas les arbres pour en faire du feu ^^). Inconsciemment on peut avoir peur de donner par peur que les autres abusent de ce don, qu’on se fasse prendre dans un tourbillon et n’arrive plus à mettre de limites. Mais si on prend le temps sans cesse de recevoir avant de donner (alternant temps pour soi, temps entre amis, temps de détente, et temps disponible à des personnes en difficulté, aux collègues de travail…), on aura alors toujours ce recul sur notre action pour mesurer sa justesse.

Musique d’illustration : Give a lil’ love – Bob Sinclar

Crédit photo : Brian Jimenez. Edited.

Articles récents :

2 Comments

  1. Ch'tite Breizh

    5 octobre 2019 at 10:37

    Très belle métaphore!! Je vais en puiser de l’inspiration!

    1. Bienheureuse Vulnérabilité

      5 octobre 2019 at 11:15

      =D !

Leave a Reply

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.