Au cœur de l’épreuve : comment ne plus souffrir du manque de soutien de notre entourage ?

Pendant cette année 2021, des problèmes de santé m’ont fait perdre toute autonomie pendant quelques semaines. En ce moment je suis encore dans cette phase de récupération pour retrouver petit à petit mon indépendance. Mais au plus bas, j’avais même besoin d’aide pour passer de la position allongée à assise alors à ce stade-là, même réchauffer un repas ou faire la vaisselle était de l’ordre du doux rêve, sans même parler de sortir dehors. Bref, j’étais totalement dépendante des autres.

Pourtant, je dois reconnaitre que pour moi, cette situation de dépendance n’est pas le plus dur à vivre. Je le croyais déjà avant mais encore plus maintenant :

A moins d’une douleur physique constante, les difficultés physiques que l’on peut rencontrer sont moins dures à vivre que les difficultés que vit le cœur.

La solitude profonde et durable, l’angoisse violente, une dépression, le manque de soutien amical… est bien plus dur à vivre que de se faire balader en fauteuil roulant. Grâce à Dieu, je n’ai pas vécu de crise d’angoisse depuis le 27/04/2021, et les moments où je me suis sentie seule et isolée depuis le début de cette situation ont toujours été très ponctuels. Pourtant, il y a une chose très simple qui m’a coûté d’accepter : choisir de me réjouir pour la main tendue inattendue plutôt que de m’arrêter sur ma déception de l’absence pesante de certaines personnes que je pensais être des amis.

Quand on souffre du manque de soutien et d’amour des proches

Pour des raisons très diverses, parce qu’ils ne savent pas gérer leur propre souffrance et encore moins celle des autres, parce qu’ils sont noyés dans le travail, parce qu’ils n’ont pas eu l’occasion au cours de leur vie de développer de l’empathie,… il y a des personnes dont l’absence se fait sentir de manière lourde.

Oui, j’ai découvert que le vide pouvait peser lourd !

En disant ça, je ne pense absolument pas aux personnes à distance ! Elles, elles font ce qu’elles peuvent et j’ai ressenti le soutien de certaines personnes éloignées géographiquement d’une manière si forte qu’elles me semblaient plus proches que des personnes vivant à quelques centaines de mètres.

Mais dans ce cas précis de dépendance physique et où j’ai besoin d’une aide directe, je pense aux personnes qui vivent dans ma ville, à moins de quelques centaines de mètres ou quelques kilomètres. Et si dans la théorie on le sait que les gens sont très occupés, que tout le monde est « débordé », ça n’en est pas moins dur de constater parfois l’absence de personnes chères à mon cœur, tout à fait au courant de ma situation… C’est vrai que je suis dans une situation où ma famille vit à des centaines de kilomètres donc je ne peux pas avoir leur aide mais malgré que l’on m’ait partagé ce que ça faisait quand le manque de soutien vient de la famille, je n’ose même pas imaginer la douleur que ça doit être. Moi je ne dois gérer que des relations d’amitié. Mais s’il est vrai que ce sont les épreuves le véritable test pour reconnaitre les amis fidèles, au bout de 3 ans à vivre dans la même ville, je pensais tout de même avoir identifiés les amis sur je pouvais compter en cas de coup dur dans le lot de toutes les personnes qui font simplement partie dans mon cercle de connaissances. Mais la vie réserve bien des surprises…!

Le besoin nécessaire d’être entourée, accompagnée, aidée

Car oui, contrairement au mal-être psychologique, quand on est dépendant physiquement des autres, leur présence ne devient plus un luxe ou une option, elle est nécessaire. Vivant seule, clairement il y a eu plusieurs semaines où j’étais en mode « si personne ne vient m’aider, je ne peux pas manger. » Mon besoin et ma vulnérabilité étaient connus, visibles, et donc c’est violent quand quelqu’un sait que l’on est dans le besoin mais ne réagit pas. Ce qu’on peut comprendre quand on souffre uniquement psychologiquement parce que ce besoin d’une présence est plus invisible, on ne le comprend plus quand les autres sont au courant de notre besoin d’aide pour le simple fait de nous alimenter, d’aller chez le médecin, ou juste pour répondre à notre souhait de ne pas vivre dans un appart qui ressemblerait à un souk.

Pourtant, au-delà de l’aide pratique dont j’ai besoin, comme je l’évoquais en début de cet article, la situation de dépendance physique n’est rien à côté du besoin de se sentir entourée, visitée. Vu que je n’ai pas pu sortir pendant 2 mois et qu’encore aujourd’hui ces sorties sont très limitées, en plus du fait que je n’ai plus la vie sociale que permet une vie professionnelle, j’ai d’autant plus besoin d’avoir une visite chez moi d’1h de temps en temps ! Et pourtant il y a eu des semaines où je n’ai eu aucune visite ou juste une personne. Ce besoin là de me sentir visitée, entourée, même juste une fois par mois par chacun, je l’ai aussi toujours partagé à mon entourage, car rien ne semble plus simple que de passer un moment ponctuellement avec quelqu’un que l’on apprécie, non ? Et pourtant… Le temps qui passe, sans avoir vu le visage de certaines personnes pendant des semaines ou des mois, semble rappeler que même une visite pour rigoler un peu et se changer les idées semble être trop demandé. Et ce constat peut être si violent parfois, si tristement douloureux d’autre fois.

La solution est-elle de ne plus demander de l’aide pour ne plus faire face à l’absence de réponse ?

Le risque devient même d’éviter de demander de l’aide ou des visites, quitte à forcer son corps à faire des choses dont il est temporairement incapable. Parce que quand on constate que des messages de demande d’aide ont été laissés sans réponse, quand on porte de l’attention à des propos maladroits qui affirment que mes amis doivent se sentir obligés de m’aider, quand on me conseille de payer l’amie qui m’aide dans les tâches du quotidien ou qu’on me pousse à me justifier constamment de pourquoi je ne vais pas en France, on peut vite chercher à ne plus demander de l’aide pour ne pas déranger, pour ne pas avoir à affronter la douloureuse sensation d’être ignorée voire oubliée ou abandonnée. Pour se faire une raison de sentir ce manque de soutien, une solution semble alors de ne plus en demander.

Poser un choix de vie : préférer la gratitude pour l’aide reçue plutôt que la rumination du manque de soutien de certains

Je dois admettre que d’un point de vue pratico-pratique, je n’ai jamais manqué de rien. J’ai toujours eu l’aide dont j’avais besoin. Mais le fait que ça repose surtout sur une personne au quotidien ou plus largement sur 3 ou 4, me pesait beaucoup. Le fossé énorme entre les personnes qui m’aident effectivement et le numéro de personnes dans le groupe Whatsapp d’aide que j’ai qui ne montre aucun signe de vie et laissent les messages en « vus » m’attristait énormément.

Et alors que je gardais tout ça en moi et le ruminais, un jour j’ai partagé toute cette déception avec mon ange gardien (= la personne qui m’a le plus aidée alors qu’elle ne me connaissait à peine, en venant quasiment tous les jours chez moi pendant 1 mois et demi) en lui disant : « untel m’a dit 5 fois qu’il viendrait me voir et ne l’a pas fait, parfois même sans prévenir qu’il avait un empêchement », « untel n’est pas venu me voir depuis l’hôpital ni a envoyé ne serait-ce qu’un message, après tout ce que j’ai fait pour lui/elle »… Elle a eu une compassion incroyable, étant elle-même passé par là. Mais après coup j’ai réalisé que je m’étais plainte (😁) des manquements des amis que je pensais proches, à une personne qui n’avait a priori aucune raison d’être là à mes côtés, à me dédier autant de temps !

Et là se pose le choix de sourire à l’inattendu ou de rester avec la déception que génère la comparaison de ce que l’on aurait aimé voir être et ce qui est dans le réel. Et quand on commence à faire la liste de toutes les personnes qui sont apparues dans ma vie de manière inattendue, que je connaissais à peine et qui se sont montrées disponibles, qui se sont préoccupées pour moi alors qu’elles avaient elles-mêmes des vies bien remplies… on réalise alors, une fois de plus, que la liste la plus longue est celle que l’on choisit d’alimenter :

Il y a mon ange gardien, cette fille, vue seulement deux ou trois fois 2 ans auparavant avec qui je n’avais pas spécialement gardé contact et qui m’a dédié plusieurs heures par jour pendant 1 mois et demi, m’a fait connaitre les personnes chères à son cœur pour que je puisse avoir de la visite. Il y a la meilleure amie de mon ange gardien qui est pharmacienne et a pris en charge tous mes besoins à ce niveau-là en me livrant les médicaments à domicile. Il y a la coloc de mon ange gardien qui, quelques jours après nous être rencontrées, a répondu présente à un appel de dernière minute quand l’amie qui devait m’emmener au médecin a annulé 1h avant le rdv. Il y a le directeur de l’entreprise où je travaille qui est venue me voir une fois à l’hôpital et une fois chez moi en m’amenant un cadeau à chaque fois. Il y a ces filles du groupe de prière avec qui je n’avais pas spécialement beaucoup parlé auparavant qui ont été très attentives et présentes pour m’aider. Il y a cet ami si fidèle depuis plus de trois ans, qui est incroyablement présent, alors que lui aussi aurait pu prendre ses distances, se laisser dépasser par sa charge de travail ou aurait pu préférer dédier tout son temps libre à sa famille ou à ses amis avec qu’il fait du sport.

Et tout ça, ce sont autant de belles surprises que je ne pouvais pas prévoir, des cadeaux que je n’attendais pas et que je ne méritais pas.

Oui, la liste des manquements des autres est infinie ! Mais si on met notre énergie dans la liste de toutes les belles surprises, on se rend compte qu’elle est bien plus longue que ce qu’elle n’y parait. Nourrir plutôt que lutter. Nourrir la gratitude plutôt que lutter contre la frustration ou la déception. Et tout naturellement, cette déception disparait, ce manque s’évanouit, comme si on n’avait fait aucun effort. Alors non, je ne peux pas choisir qui répond à mes demandes d’aide, qui me visite ou m’appelle spontanément, mais je peux choisir de ne pas passer une seule seconde à alimenter une pensée qui crée de la déception ou un reproche, pour être plus à même d’accueillir chacun.e dans ce qu’il/elle est prêt.e à donner. Ça ne veut pas dire que je ne revois pas ma liste d’amis sur qui compter, mais ça veut dire que je choisis de faire de mon mieux pour alimenter la gratitude et choisir de ne pas en vouloir aux personnes dont la présence m’a manquée.

Je dois également reconnaitre que ne pas accepter les manques des autres et le fait qu’ils soient faillibles reviendrait à ne pas me laisser le droit d’être faillible. Il y a un moment où il est important de reconnaitre que nous sommes tous le/la mauvais.e ami.e de quelqu’un d’autre. Car mes propres circonstances actuelles m’empêchent d’être présente pour des personnes que j’aime et donc peut-être que d’autres souffrent de mon absence et de mon manque de soutien, qu’ils soient au courant ou non de ma situation actuelle. Il est vrai que la fiabilité et la fidélité ont toujours été des qualités que mes amis m’ont reconnues. Et c’est aussi ça qui selon moi m’octroyait le droit de me plaindre en disant « si j’étais à leur place, je ferai ci, je ferai ça, je serais plus présente, plus attentionnée… », mais la vérité est que je n’en sais rien. C’est très facile de savoir ce qu’on ferait quand on n’est pas à la place des autres. Aujourd’hui, ayant besoin d’aide, je crois que je serais une meilleure amie que les autres ne le sont pour moi. Mais demain, le jour où je serai vraiment confrontée à la situation, dans le réel et non dans l’imaginaire, est-ce vraiment je répondrai présente ? Finalement, croire que l’on agirait mieux que les autres dans une situation que l’on ne vit pas est une attitude bourrée d’orgueil. (Eh oui clairement j’utilise le « on » parce que ça me coûte d’écrire littéralement « je suis bourrée d’orgueil » mais c’est clairement la véritée haha). Mais peut-être que, maintenant que je commence à récupérer des forces, je pourrais déjà commencer par appeler les personnes que j’aime en France alors que ça fait des mois que je me dis que j’aimerais avoir des nouvelles mais que je repousse sans cesse. Si j’ai pu reprocher à certains amis de m’envoyer un message pour repousser leur visite à une date ultérieure indéterminée en pensant « c’est maintenant que j’ai besoin d’aide, pas dans plusieurs mois », je peux déjà commencer par moi-même arrêter de repousser les appels ou les messages de soutien sur lesquels je procrastine depuis des mois. Si la dépendance m’a forcée à grandir en humilité sur certaines choses à un niveau physique, puisse-t-elle aussi me faire grandir en humilité à un niveau psychologique !

Alors oui, « Bienheureuse Vulnérabilité » parce qu’elle nous enseigne l’humilité.

Et même si j’ai effectivement une qualité ou un talent que d’autres n’ont pas (car oui on ne va pas se mentir, j’ai le talent pour être sensible aux besoins de chacun et d’être attentionnée aux détails importants de la vie des personnes qui m’entourent), c’est très différent de se réjouir de mes richesses intérieures et de reprocher aux autres de ne pas avoir ce qui m’a été donné. De plus, accepter que les autres n’ont pas les forces que j’ai, me permettra d’accueillir plus facilement les fragilités que j’ai et les autres n’ont pas. Parce que ne pas reprocher aux autres de ne pas avoir mes forces, c’est une manière indirecte d’accepter leurs fragilités, ce qui m’aidera à accepter les miennes. Et accepter mes fragilités m’évitera de me comparer et de tomber dans la désespérance que les autres peuvent faire des choses que je ne peux pas. Finalement, la bienveillance envers les autres favorise la bienveillance envers soi, et réciproquement… !

Et vraiment, je peux t’assurer que le jour où mon état d’esprit a changé, j’ai été beaucoup plus heureuse et en paix car mon cœur s’est ouvert à nouveau. Parce que le gros problème quand on rumine les manquements ou l’absence de quelqu’un, c’est que le jour où cette personne réapparait après plusieurs semaines ou plusieurs mois, on n’est plus capable d’accueillir ce qu’elle a à donner. Et si le manque de communication ne me permet pas de savoir les circonstances de l’autre et donc peut-être ce qui a justifié cette absence, le jour où cette personne est plus disponible et d’un élan généreux revient vers moi, ma capacité de compassion et d’accueil sera étouffée par mon jugement et ma rancœur. Et si je ne l’accueille pas avec douceur, elle n’aura aucune envie de revenir, et pour le coup je perdrai vraiment un.e ami.e !

En résumé : la gratitude a vraiment le super pouvoir de débloquer des doses de compassion, de bienveillance, d’accueil… extraordinaires !

Musique d’illustration : Here I am – Dolly Parton ft Sia

Crédit photo : 1/ Cyrus Gomez. Edited. 2/ Carlos Martinez. Edited. 3/Ben White. Edited.

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