9 choses apprises en 1 an de vie professionnelle, que l’école ne m’avait pas enseignées

Pour mes collègues espagnols, et particulièrement mon équipe. Merci à eux tous d’être pour moi des modèles et une source d’apprentissage infinie.

Le monde professionnel peut faire peur quand on est encore étudiant. Les stages donnent une première approche mais quid du jour où l’on est vraiment responsable d’un poste et n’est plus officiellement en formation ? Voici quelques leçons que cette première année, riche en challenges en tout genre, m’a apprises au niveau professionnel ou personnel, en espérant rassurer ceux qui sont encore étudiants :

1. « Penser aux autres avant moi » ne s’applique pas si cela engage ma santé

Quand on regarde de l’extérieur des personnes qui paraissent avoir un engagement démesuré dans leur profession, jusqu’à ce que celle-ci devienne une charge psychologique énorme ou qu’elle grignote la santé petit à petit, ça peut paraitre incompréhensible. Car c’est facile de croire que les gens qui se tuent au travail sont fous, avant d’être soi-même confronté aux exigences professionnelles. Certains le font pour l’ambition, mais d’autres, avec les meilleures intentions du monde, par désir de rendre service. Et c’est là que le choix se fait, que la leçon s’apprend : que le fait de penser aux autres avant soi a aussi sa limite, celle de notre santé. Et cette règle de vie est valable bien au-delà d’une profession. Cela coûte horriblement. Ça demande parfois d’ajuster des schémas de mode de vie, de saisir sa liberté intérieure dans un contexte pas toujours favorable, mais je crois que c’est là une partie de la véritable définition de (l’ancienne ?) mode YOLO « You Only Live Once ». S’aimer suffisamment pour ne laisser personne prendre et éteindre ce que l’on a d’irremplaçable : la flamme de vie qui brûle en nous qui participe énormément à notre bonheur.

2. Le monde professionnel n’est pas une planète étrangère à notre réalité quotidienne

En tant qu’étudiant, ou peut-être dans certaines cultures seulement, on peut se faire toute une image du milieu professionnel. On le voit comme un monde à part. Un lieu où on doit être sérieux, « professionnel », pour être crédible lorsqu’une mission nous est confiée. J’ai pourtant expérimenté cette année qu’aller au boulot le matin, ça n’était pas mettre entre parenthèse sa vie, son caractère, sa personnalité, qu’on retrouvait en rentrant chez soi le soir. J’ai compris que j’avais le droit d’amener des croissants pour mon équipe, mettre des blagues dans les rapports que je fais et que doit relire mon manager avant publication officielle, laisser des petits mots d’encouragement à mes collègues, de laisser déborder ma joie, d’organiser des fêtes d’anniversaire… Parce que ça fait partie de moi ce désir de mettre tout plein de tendresse dans mes actes du quotidien et qu’il n’y a pas de raison que j’arrête d’être moi-même dans un lieu géographiquement ciblé. Là encore ça demande une liberté intérieure de se demander qui l’on est vraiment pour pouvoir le laisser se développer. Pour moi, ma joie de vivre naturelle définit beaucoup qui je suis, alors comme dirait cette phrase célèbre (dont je ne connais pas l’auteur) « Laisse ton sourire changer le monde, ne laisse pas le monde changer ton sourire ». Elle s’applique même au monde professionnel et s’adapte à n’importe quel trait de personnalité !

« Nous avons tendance à imaginer les organisations comme des lieux transactionnels où l’on est censé être « professionnel », de sorte que nous pourrions penser à tort qu’il n’est pas professionnel d’apporter des choses comme le pardon, la gratitude ou la compassion au travail. »

José Miguel Hernández Hervás  

3. Prioriser

Pendant les études, on entend dire par 20 personnes différentes que leur matière est importante. Et pour celui qui a le désir de prendre ses études au sérieux, le travail se divise alors entre « important » et « très important ». Au mieux, on peut regarder les coefficients mais sans grand soulagement. Je trouve que le monde professionnel permet beaucoup plus facilement de hiérarchiser les tâches quand on a un minimum de sens de l’organisation et qu’on prend le recul nécessaire pour analyser l’importance de chaque chose. L’éventail de conséquences de chaque action est beaucoup plus varié que seulement le verdict d’une note qui tombe et je trouve donc plus aisé de définir ce qui est urgent et/ou important, selon « la matrice d’Eisenhower » (voir schéma ci-dessous). Et on se sent plus léger quand chaque chose ne prend pas plus d’importance qu’elle ne doit, et qu’on a globalement l’assurance de faire les choses quand elles doivent être.

4. L’erreur est le meilleur moyen pour apprendre et progresser

Alors oui je sais que pour beaucoup, c’est une évidence que l’erreur est le meilleur moyen pour apprendre, mais comme dirait l’autre, « mieux vaut tard que jamais ! » dans l’apprentissage de cette leçon. Lorsque je voulais tout faire parfaitement (avant ma lettre de rupture avec la perfection que vous trouverez ici 😉 ) mais que j’entendais cet encouragement à se laisser le droit à l’erreur, je me disais « Peut-être que tu apprends, mais en attendant, tu as fait quelque chose d’imparfait ! » Sauf que ne pas avoir peur de se tromper et de faire quelque chose d’imparfait, ça permet de l’assumer avec légèreté devant les autres et développer l’humilité de demander de l’aide et ainsi apprendre plus rapidement. Et quel bonheur de se voir progresser ! Bien plus que de vivre dans l’illusion mensongère qu’on agit parfaitement ou que la seule idée que les autres se rendent compte de nos failles crée la panique à bord. Ne pas avoir peur de se tromper est donc que bénéfique : légèreté en amont plutôt qu’angoisse, plus grande facilité à oser quelque chose de nouveau, bonheur de se voir progresser, joie du cœur qui est humble… Même dans le monde professionnel, il y a de la place pour l’imperfection, la vulnérabilité. Une culture d’entreprise saine a compris ça et sait que c’est même bénéfique pour son développement (comme j’en parlais dans l’article « 12 preuves que la vulnérabilité vécue en entreprise est une force » ).

5. Nous sommes beaucoup plus durs envers nous-mêmes que les autres le sont envers nous

En lien avec l’idée précédente de ce droit à l’erreur, j’ai compris cette année que nous étions beaucoup plus exigent envers nous-mêmes que les autres l’étaient avec nous, même quand il y a des enjeux, et que tous ont le désir d’atteindre l’excellence. Je me vois encore me faire des montagnes pour des choses et constater un peu bêtement ensuite qu’il y avait un fossé entre ce que je croyais qui était attendu de moi et ce que l’autre souhaitait vraiment. Nous n’avons pas le sort du monde entre nos mains chaque matin que nous allons au travail pour retrouver nos collègues, ces supers-héros. Relativisons l’importance de notre action, aussi grandes nos responsabilités soient-elles, et rappelons-nous que nos collègues sont aussi humains que nous (même si eux ne l’ont pas accepté). Oui la vie professionnelle est exigeante et même si on recherche l’excellence pour que tout fonctionne bien, au final on reste humain avec nos doutes, nos incertitudes, nos peurs,… 

Un jour un membre du comité de direction me disait « comment pourrions-nous attendre de toi quelque chose de parfait si nous-mêmes nous n’en sommes pas capables ? » Acceptons que c’est notre humanité qui fasse la richesse d’une entreprise. A l’heure de la robotisation, si notre poste existe et que nous avons un salaire à la fin du mois, c’est que des gens ont estimé qu’une personne a une valeur ajoutée là où elle est, avec tout ce qu’elle est. Si l’entreprise avait voulu quelque chose de parfait, d’ultra rapide ou de psychologiquement neutre, elle n’aurait pas fait appel à nous. (Et puis la machine, elle n’amène pas les croissants le matin, ni sourit à ses collègues quand elle les croise…!)

6. Il y a des personnes qui ne seront jamais contentes, qu’importe ce que tu fasses

Alors non, le monde professionnel n’est pas rempli que de bisounours. Cette année j’ai donc aussi découvert une joie de l’entreprise : il y a des personnes qui vivent pour être négatives ! Tu auras beau te casser en quatre pour faire plaisir aux autres, il y aura des gens qui auront TOUJOURS un truc à redire, une injustice selon eux à dénoncer, une critique à faire à ton travail… Quand notre travail impacte beaucoup de personnes, il faut accepter que la remise en cause est saine, uniquement jusqu’à un certain point. Après, c’est tomber dans le pêché que de vouloir être tout puissant jusqu’à réussir à satisfaire des personnes qui ne sont jamais contentes.

7. A l’impossible nul n’est tenu

En plus de faire le deuil de réussir à contenter tout le monde, apprendre à dire non face à des demandes irréalistes est aussi libérateur, car « A l’impossible nul n’est tenu ». Si toi tu es comme moi et à tendance à vivre une remise en question existentielle permanente, et bien je t’informe que parfois, ce sont les autres qui demandent des choses impossibles. Que ça n’est pas toi qui n’est pas à la hauteur ou qui t’y prend mal, mais c’est juste que certaines personnes, ou bien n’ont aucune idée que ce qu’elles demandent est irréalisable parce que ça n’est pas leur domaine de compétences et donc ne peuvent pas se rendre compte, ou bien c’est parce qu’elles n’ont pas compris que la perfection, comme les moutons à cinq pattes et les journées de 72h, n’existaient pas dans ce bas monde. Que ça coûte d’identifier ces personnes-là et de leur dire non !

8. Le bon professionnel n’est pas celui qui connait tout, mais qui sait être bien entouré

De nombreux articles parlent de l’importance du réseau pour trouver un emploi, mais son utilité ne s’arrête pas une fois en poste. Je crois que le bon professionnel est bien sûr celui qui est compétent dans son domaine, mais surtout qui sait s’entourer des bonnes personnes pour demander conseil ou déléguer des actions. Je le vois de manière très forte chez mon manager par exemple : il sait toujours à qui s’adresser, en interne ou en externe, pour avoir l’information la plus pertinente possible, et une réorganisation totale du département lui a permis de choisir lui-même dans son réseau l’équipe qu’il voulait construire en embauchant des profils très complémentaires. Du coup je trouve que ça enlève une certaine pression d’accumulation du savoir, car au fond l’important est juste d’avoir l’humilité d’oser demander conseil ou de l’aide pour ensuite prendre le meilleur de toutes les recherches et points de vue récoltés afin de l’adapter au contexte que nous connaissons.

9. Il est bénéfique de s’arrêter pour regarder en arrière et être satisfait de soi

Durant mes études, malgré pourtant une année de césure entre ma licence et mon master, je n’avais jamais trop pris le temps de regarder dans le rétroviseur par croyance qu’il n’y avait rien à admirer, rien de quoi être fière. Pourtant, cet énorme changement qu’a été le passage de la vie étudiante à la vie professionnelle a été l’occasion d’apprendre à regarder le chemin accompli. Et je me suis rendue compte que ça faisait du bien ! Que ça donnait des forces pour la suite ! Qu’avoir ses yeux fixés sans cesse sur le futur faisait oublier d’où l’on venait… Alors maintenant j’apprends à être fière de cette tâche un peu désagréable accomplie avec courage, de ce gros projet qui a demandé de la persévérance, de cette gestion d’une situation délicate réglée avec tact…

Pour conclure… Alors non, parce que j’entends d’ici ma mère avoir un infarctus, les études ne sont pas inutiles et font grandir en maturité, donnent une bonne culture générale d’un sujet, apprennent à travailler en groupe et à trouver la méthode de travail la plus efficace pour notre mode de fonctionnement. Alors peut-être que je dis ça car mes études n’ont rien à voir avec mon travail, mais je rêve tout de même d’un système scolaire qui façonnent aussi des cœurs bien faits et pas seulement des têtes bien faites : savoir communiquer de manière efficace et empathique, affronter ses peurs pour maximiser le potentiel de nos talents, savoir croiser les disciplines pour développer la créativité plutôt que de ressortir des connaissances bêtement apprises par cœur, anticiper l’arrivée d’un conflit ou le résoudre quand il est là, être capable de se connaitre et comprendre le message de nos émotions pour fluidifier et optimiser les relations avec les autres, avoir l’humilité de demander de l’aide et la stratégie de s’entourer des bonnes personnes pour mener à bien la mission qui nous est confiée en développant la conviction que nous sommes complémentaires plutôt qu’une mentalité compétitive nous faisant croire que les autres sont un obstacle à notre réussite, avoir la flexibilité de s’adapter à différents contextes et personnalités dans un monde qui évolue incroyablement vite… Cela me parait fondamental…

Musique d'illustration : Ta place - Ararat

Crédit photo : 1. Tyssul Patel. Edited. 2. Y.L 3. Nine Kopfer. Edited.

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2 Comments

  1. Vayolaine

    30 juin 2019 at 7:29

    Bravo pour cet article très juste, admirablement honnête, dans lequel je me reconnais beaucoup (après 10 ans de vie professionnelle, alors que toi c’est ta première) Bravo pour cette maturité et cette grandeur d’esprit que tu as. Continue à être à l’écoute de toi même avec tant de bienveillance

    1. Bienheureuse Vulnérabilité

      30 juin 2019 at 1:05

      Tes mots sont tellement touchants… Je retrouve cette vague de douceur qui te caractérise tant ! C’est grâce à des personnes comme toi que je continues de me battre pour être fidéle à moi-même. Merci pour ton exemple.

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