5 pistes spirituelles pour renoncer à la perfection

Je vous avais déjà partagé un article relatant mon combat contre la perfection. J’avais alors occulté tout le côté spirituel. Je vous le présente donc ici. Car pour moi évidemment, l’âme et l’esprit étant intimement liés, on ne peut chercher à changer sans prendre en compte tout ce qui fait notre unité.

La première étape de ce chemin a simplement été de prendre conscience de cette recherche de perfection. Oui j’ai mis du temps à ouvrir les yeux sur ce qui me gâchait autant la vie. Et un jour j’ai compris que ça avait été ma manière de remplir le vide avec lequel tout humain est confronté, pour tenter d’avoir une réponse à « suis-je aimable ? ». Certains remplissent leur vie avec des relations affectives désordonnées, d’autres avec les sensations extrêmes, moi c’était la recherche de perfection. Sauf que si nous cherchons à remplir notre vide par nous-mêmes, le Seigneur n’a plus de place pour remplir nos manques à sa manière. Ça a été douloureux de déposer devant Dieu ce qui remplissait totalement ma vie, cette idole que je m’étais créée. Je laisse apparaitre une infime partie de la difficulté dans cette lettre que j’ai écrite. Quand on a connu qu’une manière de faire, et pendant si longtemps, il est difficile de recréer une vie autrement. Alors comment ai-je réussi à avancer vers plus de vie ? Voici cinq outils :

1.      La recherche constante de l’amour. Y compris de soi

Alors oui, pour certains ça ne sera pas la découverte du siècle mais pour moi ça a été fondamental de découvrir que nous pouvions créer plus d’amour dans les moindres petites choses du quotidien.

Pour beaucoup de croyants, une mauvaise interprétation de la Bible ou des discours entendus a pu amener à la fausse croyance que prendre soin de soi est égoïste. Je vous renvoie à l’article « Dieu souhaite-t-il notre souffrance ? ». Mais nous pourrions résumer cet article, par la citation de Saint Bernard de Clairvaux : « Pour qui sera-t-il bon celui qui ne l’est pas pour soi ? »

Pour être concrète sur la manière dont la perfection vient à l’encontre de l’amour : si je suis violente contre moi parce que j’ai eu une mauvaise note, si je m’énerve contre un ami parce qu’il m’a cassé quelque chose ou si je perds patience contre ma sœur qui n’a pas rangé la table exactement comme je le souhaitais, la note, l’argent, et le désordre ne passeront pas dans l’autre monde…. Alors que le mal que je me suis fait ou que j’ai fait aux autres, si. Autrement dit, je crois maintenant qu’il vaut mieux avoir une mauvaise note, racheter ce qui est cassé et laisser un peu de désordre plutôt que d’être violente contre moi ou les autres, car nous sommes humains avec des sentiments, nous ! Contrairement aux choses matérielles. Sinon ça veut dire que je ne considère pas l’être humain (bibi inclus) comme plus important que mes résultats scolaires, que l’argent ou le rangement d’une maison, et dans ce cas il y a un réel problème de hiérarchie de valeur des créatures de ce monde ! Alors maintenant, quand je rate quelque chose ou que les choses ne sont pas exactement comme je le souhaiterais, je reconnais bien-sûr que c’est dommageable, mais je me force à rester la plus douce possible envers moi-même ou envers la personne qui a agi. Nous avons tous fait de notre mieux, c’est tout ce qui compte. Bienveillance, vous disais-je ! Et encore une fois, c’est en s’entrainant à la douceur avec soi que l’on sera capable d’agir pareillement avec les autres.

2.      Ne pas confondre perfection et sainteté

Après avoir décidé de rejeter la perfection, s’en est suivie toute une période où lorsque je tentais d’être miséricordieuse envers moi-même après avoir fauté (en lien avec le point précédent), une culpabilité encore plus grande surgissait en disant « tu es complaisante avec le péché. Tu t’arranges avec ta conscience. »

Cette culpabilité a révélé un problème : J’avais remplacé la recherche de « tout faire parfaitement » par la recherche d’ « aimer parfaitement ». J’étais ok avec l’idée de ne pas renvoyer l’image d’une vie parfaite, bien ordonnée qui excellait professionnellement, mais c’était inconsciemment à la condition qu’en retour j’arrive à aimer parfaitement, et que je renvoie la nouvelle image idéalisée de moi-même que je venais de me créer.

Mais le perfectionnisme, même dans la recherche d’amour, n’a rien à voir avec la sainteté. La sainteté est de tout faire avec amour, mais elle prend en compte nos fragilités et nos besoins. Au contraire, la perfection conduit au légalisme, au durcissement du cœur et à un sentiment de frustration ou de culpabilité qui ne sont pas tournés vers la vie.

En premier lieu, il est nécessaire de chercher à ne jamais rajouter du mal au mal déjà commis. C’est-à-dire que si nous avons fauté, reconnaissons notre erreur et allons-nous excuser ! Se flageller en se disant combien nous sommes une personne bien pitoyable ne va vraiment pas participer à rendre ce monde plus beau et plus paisible. (Je vous renvoie à mon article sur « Quelle réponse à la violence du monde ? »). La deuxième étape est bien-sûr de reconnaitre que nous sommes « pécheur pardonné », et que Quelqu’un a déjà payé le prix. (Oh la belle transition !)

3.      Se reconnaitre « pécheur pardonné »

Je crois maintenant (merci l’Esprit Saint bien sûr qui prend soin de nous) qu’une solution se trouve dans la reconnaissance de se savoir « pécheur pardonné ». Nous sommes tous, en tant qu’humains, porteurs de la racine du mal. Et refuser de partager ça avec le reste de l’humanité relève purement et simplement de l’orgueil. Oui, nous sommes tous pécheurs. On a tous des moments où l’on rate, où l’on manque un geste d’amour. Accepter que ce monde est brisé, et que nous en sommes le reflet.

Pour autant, dans l’expression ci-dessus, il y a deux mots ! Il ne faudrait surtout pas s’arrêter à « pécheur ». En effet, nous sommes pardonnés. C’est très difficile à mettre en mot et ne peut certainement être compris que par une expérimentation personnelle. (Je tente de vous partager mon expérience dans l’article « Je suis complétement brisée »). Mais je crois maintenant que ce monde brisé permet d’expérimenter cet Amour au-delà de toute limite, au-delà de toute faiblesse, au-delà de tout péché. La découverte de cet Amour donne le désir d’aimer ses imperfections car vivre dans cet Amour est encore mieux que de vivre une vie parfaite.

4.      Refuser la toute-puissance et embrasser son humanité

La perfection a un lien très étroit avec le péché originel et le désir de l’homme de vivre sans Dieu pour être tout-puissant. Vouloir que les choses soient parfaites, c’est refuser notre condition humaine, c’est ne pas accepter la réalité de ce monde brisé, c’est vouloir contrôler des choses sur lesquelles nous n’avons aucun impact. Décider de refuser la perfection, c’est décider de retrouver sa juste place. C’est embrasser son humanité en sachant que l’on ne peut pas tout, mais que le peu que nous faisons compte déjà beaucoup. Lutter contre le perfectionnisme est une occasion de faire un pas de plus fait vers la confiance et l’abandon en ce Dieu qui ne nous veut que du Bien.

5.      Reconnaitre que l’on porte du fruit AVEC notre faiblesse

Mais accepter notre condition humaine, l’embrasser, ne doit pas nous conduire au fatalisme car comme l’invite le sous-titre du blog (plus de détails dans cet article), après l’embrassement, il y a l’embrasement ! Souvent, lorsque nous cherchons à tout faire parfaitement, c’est parce que nous croyons que nous ne pouvons être aimé qu’en étant parfait. Mais arrête-toi deux minutes et regardez ta vie : tu n’as jamais été parfait à ce que je sache ? Et pourtant tu as déjà réussi à faire du bien autour de toi ? Alors pourquoi maintenant en serait-il différent ? C’est le mystère de la grâce qui a besoin de nous, besoin des pauvres vases d’argiles brisés que nous sommes pour se répandre…

Pour approfondir ce mystère, je vous renvoie tout particulièrement au point 4 de mon tout premier article « 5 preuves que la vulnérabilité est source de bonheur ».

Quand je vois à combien d’anciens articles je fais référence dans ce billet, je me rends compte combien l’abandon de la perfection est intimement liée à l’apprentissage de la bienveillance, à l’accueil de nos vulnérabilités, à la paix du cœur…

Avoir le courage de renoncer à la personne parfaite qu’on aimerait être, c’est un risque, car c’est abandonner quelque chose qu’on croit connaitre pour autre chose dont nous n’avons aucune idée du résultat. Nous gagnons pourtant à être nous-même et à être plus heureux. C’est juste arrêter de s’excuser d’être soi-même.

Alors si toi aussi tu sens que c’est par cette recherche de perfection que tu essayes d’avoir une réponse à ces questions « Suis-je aimé ? Suis-je capable ? » en espérant que tes résultats te donnent la satisfaction d’être quelqu’un d’aimable, je t’invite à prendre un temps pour te laisser regarder par Dieu, ton Père, te reposer en Lui. Et si tu es catholique, d’aller voir le Saint-Sacrement pour te laisser regarder par Jésus, Celui qui t’aime, maintenant, exactement tel que tu es à cet instant.

Musique d'illustration : Human Condition - Unspoken (Gros coup de coeur musical du moment pour le rythme et les paroles !!)

Crédit photo : 1. Mi Pham. Edited. 2. Sharon Mccutcheon. Edited. 3. Jacob Meyer. Edited.

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2 Comments

  1. a-lo

    28 mai 2019 at 3:13

    Magnifique !
    Merci pour cette mise au clair que tu nous partages =)

    1. Bienheureuse Vulnérabilité

      28 mai 2019 at 3:16

      My pleasure 😉

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