La beauté de ce que vous ne saurez jamais – Pico Iyer

Si vous aussi vous aimez tout savoir, non pas que vous aimez avoir toujours raison mais que vous n’aimez pas les zones d’incertitude ou rester avec des questions en suspens. Si vous aussi vous aimez tout comprendre, que tout paraisse logique, ou aimerait être dans la tête d’un autre pour savoir ce qu’il pense parfois, cet article est pour vous ! Il résume la conférence TED donnée par l’écrivain Pico Iyer.

Il commence son discours en racontant une histoire qui lui est arrivée en Birmanie, ou comment le fait d’accepter de payer un prix indécent pour un pousse-pousse pour quitter une gare l’a conduit dans la petite cabane d’un jeune vingtenaire lui montrant une boite avec des lettres de visiteurs étrangers. Alors qu’ils sont passés par des ruelles très peu fréquentables dans lesquelles il aurait pu lui arriver n’importe quoi, cette anecdote montre que « le but caché du voyage est de se jeter à l’eau, d’inspecter l’intérieur comme l’extérieur, d’aller dans des endroits où l’on irait jamais autrement, de s’aventurer dans l’incertitude, l’ambiguïté et même la peur. »

La beauté d’un « je ne sais pas »

Il est vrai que chez soi, dans notre zone de confort, on a vite fait de croire que nous contrôlons tout. Mais le monde réel, dehors, nous rappelle à chaque instant que ça n’est pas le cas, nous invitant à l’humilité, puis au voyage.

Aux questions « Que deviendra le Tibet ? » , « Quand est-ce que la paix arrivera dans le monde ? », « Comment élever un enfant le mieux possible ? », le Dalaï Lama lui-même répondait par « je ne sais pas ». Et c’est ainsi qu’il rassurait et donnait confiance aux gens…

L’exemplaire contraire est celui d’Adam et Eve, « qui ont appris, sans doute un peu trop tard, qu’il y a des choses bonnes à savoir, mais il y en a beaucoup, beaucoup d’autres qu’il faudrait laisser inexplorées. » En effet, ils ne pouvaient pas mourir tant qu’ils mangeaient les fruits de l’arbre de la vie. Mais lorsqu’ils mangèrent les fruits de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, ils perdirent leur innocence, devinrent honteux et irritables. Trop de connaissance serait-il donc mauvais pour nous ?

« L’opposé de la connaissance n’est pas toujours l’ignorance. Ça peut être l’émerveillement. Ou le mystère. La possibilité. »

Dans le monde entier, la connaissance, à tous les niveaux, progresse à une vitesse impressionnante et rend nos vies plus joyeuses, plus longues et plus saines. « Mais au bout d’un moment, la connaissance devient inutile. Et c’est à ce moment que la vie se fixe vraiment : vous tombez amoureux, vous perdez un ami, la lumière s’éteint. C’est à ce moment-là, quand vous êtes perdu, inquiet ou abandonné, que vous découvrez qui vous êtes. » C’est justement quand l’inattendu et l’inexpliqué arrive, que nos véritables forces de vie se révèlent. Nous nous reconnectons alors à l’émerveillement, au rêve, à notre capacité créatrice, et donc à la possibilité de changer. « Autrement dit, l’opposé de la connaissance n’est pas toujours l’ignorance. Ça peut être l’émerveillement. Ou le mystère. La possibilité. »

Pico raconte ensuite comment il en est venu à déménager au Japon. Alors que dans sa jeunesse il considérait tout savoir, après avoir passé 20 ans à l’école à amasser des connaissances et avoir commencé sa carrière en écrivant des articles pour le magazine Time, il a finalement décidé d’emménager au Japon « pour des raisons [qu’il] n’arrivait pas encore à expliquer. » Et après 28 ans à vivre au Japon, il admet ne pas pouvoir en dire beaucoup plus sur son foyer d’adoption.

« Et c’est merveilleux. Ça veut dire que chaque jour, je découvre de nouvelles choses et, dans le même temps, je regarde autour de moi et je vois des centaines de milliers de choses que je ne connaîtrai jamais. »

« Nous sommes aussi forts que notre capacité à lâcher prise. »

Accepter l’incertitude, c’est ne pas réduire l’autre, que ça soit celui qu’on aime, ou celui qu’on déteste, à ce qu’on connait de lui. Il est en effet plus trompeur de penser que l’on connait notre amant ou notre ennemi que d’admettre que nous ne les connaitrons jamais.

« Le savoir est un cadeau inestimable. Mais l’illusion de la connaissance peut être plus dangereuse que l’ignorance. »

Et c’est dans ces moments où nous n’avons plus le contrôle, où nous ne savons pas ce qui va arriver par la suite, où nous ne prétendons pas être plus important que ce qui nous entoure, que le changement arrive. C’est aussi vrai en amour, que dans les moments de crise.

Si nous nous rappelons la première règle du voyage, et donc de la vie, énoncée au début de cet article, nous admettons alors que : « Nous sommes aussi forts que notre capacité à lâcher prise. »

Finalement, être humain, c’est accepter les limites de notre savoir. C’est accepter que nous ne pouvons pas tout contrôler, tout connaitre. C’est accepter la part de mystère propre à chacun. Et ça, c’est plus précieux que de posséder un savoir complet.

Musique d'illustration : De quoi es-tu si sûr ? - Keny Arkana

Crédit photo : Dingzeyu Li. Edited.

Lien de la vidéo originale : The beauty of what you’ll never know – TED Juin 2016

2 Comments

  1. a-lo

    10 juillet 2018 at 12:01

    Cet article était fait pour moi !
    Je me disait justement hier soir que ça m’énervait de ne pas tout comprendre et que j’aimerais être douée en tout…

    1. Bienheureuse Vulnérabilité

      12 juillet 2018 at 6:18

      Je m’en réjouis que cet article soit arrivé au bon moment 🙂

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